Elles ont rapporté 25 millions d'euros à la Sanef en 2025: les indemnités de retard de paiement aux péages en flux libre se transforment en pactole pour les concessionnaires
Derrière la promesse de gain de temps sur autoroute, le péage sans barrière s'impose comme une manne financière importante pour les concessionnaires. Les pénalités d'un montant exorbitant appliquées dès le dépassement du délai de 72 heures rapportent des dizaines de millions d'euros aux sociétés d'autoroutes. C'est un piège tarifaire qui se referme à grande vitesse sur des milliers d'automobilistes. Alors que le péage en flux libre se généralise en France, notamment sur les axes Paris-Normandie ou sur l'A79 en Auvergne, la fin des barrières physiques a laissé place à une cascade de majorations.
Pour les automobilistes ne disposant pas d'un badge de télépéage, l'absence de paiement immédiat impose en effet une contrainte stricte : le conducteur dispose de 72 heures pour régler sa course en ligne ou chez un buraliste.
Pour les étourdis, en particulier sur la route des vacances , la note peut vite devenir salée. Avec un joli pactole à la clé pour les sociétés d'autoroutes : les indemnités de retard payées par ces conducteurs transformés en "fraudeurs" ont rapporté 25 millions d'euros en 2025 à la Sanef sur le seul réseau Paris-Normandie, selon des informations révélées par Le Canard Enchaîné le 11 août dernier.
Le mécanisme de sanction ne fait pas vraiment de cadeau. Passé le cap des 72 heures, une indemnité forfaitaire de 10 euros s'ajoute au tarif initial si le règlement intervient sous 15 jours. Au-delà de cette période, la note s'envole avec une majoration de 90 euros, avant d'atteindre 375 euros après deux mois et un transfert du dossier au tribunal de police.
Sur l'A79 en Auvergne, réseau géré par ALIAE (groupe Eiffage/APRR), où la course de base coûte à peine 1 euro sur certains tronçons, l'oubli fait grimper l'addition totale à 91 euros.
Le modèle du flux libre avait pourtant été vanté pour ses vertus pratiques et écologiques. Dans un avis rendu sur la concession du Mont-Blanc et cité par le Canard Enchaîné, l'Autorité de régulation des transports (ART) évaluait à plus de 161,3 millions d'euros les gains de temps pour les conducteurs et à 62,2 millions d'euros l'économie de carburant, chaque franchissement évitant environ 0,18 euro d'essence lors de la phase de ralentissement et de redémarrage.
Mais le document met surtout en lumière la rentabilité mécanique du non-paiement. L'ART souligne que la hausse des impayés est "largement contrebalancée par les indemnités dont sont redevables les personnes ayant utilisé l'autoroute sans s'acquitter du péage".
Sur la concession du Mont-Blanc à l'horizon 2029, le régulateur prévoit que les automobilistes sans télébadge généreront 4,8 millions d'euros en payant leur trajet dans les 72 heures. Mais, dans le même temps, les retards de paiement généreront 18,9 millions d'euros en pénalités. Les majorations rapporteront ainsi près de quatre fois plus que le montant des péages perçus.
Ces estimations s'appuient sur les retours d'expérience du flux libre en France, où le taux de non-paiement atteignait 50% au démarrage, toujours chez les conducteurs non équipés de badge.
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