Venise, Dalí et robes futuristes : dans l’intimité du palais vénitien où est née la légende Pierre Cardin
À Venise, Rodrigo Basilicati-Cardin transforme en musée le palais où tout a commencé pour son grand-oncle Pierre Cardin, faisant de ce lieu de mémoire une nouvelle destination pour les passionnés de mode et de design.
Le carton d’invitation ne demandait pas de venir « comme vous êtes » , mais « en tenue de cocktail, en Pierre Cardin, ou en style ère spatiale. » Ce 3 septembre 2026, pour l’inauguration du Musée Pierre Cardin à Venise, Rodrigo Basilicati-Cardin, petit-neveu du créateur , a voulu commémorer le lieu et le jour où la carrière de son oncle a basculé. C’était un 3 septembre 1951, lors du fastueux bal masqué organisé par le décorateur et collectionneur Charles de Beistegui (dont le grand-père avait fait fortune au Mexique dans les mines d’argent) au Palazzo Labia à Venise. Resté dans les mémoires comme le « Bal du Siècle » , il donne au jeune tailleur formé chez Dior (groupe LVMH, propriétaire de Challenges ) l’occasion de créer une trentaine de costumes pour Salvador Dalí et ses proches et, surtout, de sortir du lot pour briller.
Derrière les murs de Ca’Bragadin, un palais discret lové au bout d’une calle étroite près du Rialto et doté d’un jardin, le couturier trouve l’inspiration et ancre sa légende. « Il aimait raconter que l’aventurier Giacomo Casanova, qui habitait un autre palais du même nom, avait vécu ici, quand en réalité il y venait pour s’encanailler », confie Rodrigo Basilicati-Cardin, aujourd’hui à la tête de la maison ( 240 e Fortune professionnelle selon le classement Challenges ).
Toute sa vie, l’inventeur de la mode futuriste avec Paco Rabanne et André Courrèges, disparu fin 2020 , reviendra dans ce palais acheté en 1981. Ca’Bragadin est aussi un lieu de mémoire pour son neveu. « C’est ici que j’ai rencontré mon oncle pour la première fois en 1994, sans rien connaître de son travail » , avoue le dirigeant qui exerçait alors ses talents en tant que pianiste concertiste et designer, avant de convaincre ce « zio Piero » de venir l’épauler.
Depuis, le palais vénitien a accueilli un défilé et une rétrospective de pièces futuristes pour le centenaire de la maison en 2022, hommage à la fascination de Pierre Cardin pour la conquête spatiale. Cette année, le lieu poursuit sa mue et se métamorphose en musée. Pour l’inauguration, 141 mannequins ont pris la pose et invité par le regard les visiteurs au dialogue.
On y découvre des créations historiques, telle une robe du soir rose en faille de soie de 1952, des modèles récents, ainsi que les fameuses « sculptures utilitaires », ces meubles, luminaires et objets auxquels le couturier appliquait ses lois du vêtement : équilibre des proportions, volumes, mouvement. « Une robe est comme une maison où il faut se sentir chez soi », aimait répéter ce passionné d’architecture.
En tout, le musée déploie quelque 350 œuvres sur 1 000 m².
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