Ils écrivent des centaines de livres et ne les signent jamais : on a rencontré de mystérieux « écrivains fantômes »
Ils fuient la lumière, tellement cachés qu’aucune statistique ne permet de les recenser. Romans, récits de vie, biographies de personnalités médiatiques ou politiques… Librairies et bibliothèques regorgent d’ouvrages qui n’auraient jamais vu le jour sans le truchement des « écrivains fantômes », ou « prête-plumes », longtemps connus sous l’appellation « nègres littéraires », désormais proscrite. Les plus grands littérateurs y ont eu recours, à commencer par Alexandre Dumas. Si le nom de ces collaborateurs de l’ombre s’affiche parfois sur les couvertures, c’est loin d’être systématique.
« C’est un métier agréable, qui rend heureux, mais il ne faut pas avoir un ego surdimensionné et vouloir se mettre en avant » , reconnaît Catherine Siguret, soixante-dix bouquins au compteur. Elle a écrit pour Julien Courbet, Dominique Tapie, Lorie, ou encore Claudia Schiffer, sa première cliente, en 1993. La jeune écrivaine publie alors des témoignages de quidams au parcours de vie cabossé, pour Hachette, chez qui la star allemande vient de signer. « On m’a envoyé dans sa famille : le but était de recréer la même intimité qu’avec les anonymes , se souvient Catherine Siguret. Mais je suis passée de la toile cirée en HLM à une interview au Ritz, alors forcément, le travail paraissait moins dur ! »
Suivra un mois d’entretiens, par téléphone ou en face-à-face, quand la mannequin et actrice est de passage à Paris, au pied levé parfois. « Je suis à la disposition des gens, on est en contact permanent, ça se termine par quinze SMS par jour… Ils deviennent un peu obsédés par leur livre ! » Le reste du temps, la prête-plume creuse la vie de ses clients, pour poser les jalons d’une histoire qui doit comporter sa dose de suspens et de rythme, indispensable à une lecture agréable. Quitte à évoquer les sujets tabous. « Même si c’est leur vérité, il ne faut pas se laisser balader. »
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Il faut surtout savoir longer les murs, se mettre en retrait, pour restituer avec fidélité l’état d’esprit, le vécu et le style de celui dont on raconte la vie, sans imposer son vocabulaire, sa vision, sa manière de faire. Un « travail de funambule » exercé depuis 1997 par Guillaume Moingeon , instigateur d’un métier aujourd’hui répandu : biographe familial. Loin du star-system , cet ancien journaliste installé à Ploeren, dans le Morbihan, a voulu rendre l’écriture d’un livre accessible à tous. « Toute vie mérite un livre, tout le monde peut écrire ses mémoires » , affirme celui qui, adolescent, se rêvait en écrivain, habité par cette jubilation indescriptible quand le stylo court sur le papier.
Ces biographies sont produites à seulement quelques exemplaires et leur diffusion dépasse rarement le cadre familial. « Il faut savoir écouter, percevoir, restituer les mots et les expressions utilisées à l’oral, et ne surtout pas imposer son style , décrit Guillaume Moingeon. On doit rentrer dans la tête des gens, être capable de finir la phrase du narrateur quand il bute. Le meilleur compliment, c’est quand on me dit “on voit bien que c’est lui qui l’a écrit”.
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