La belle dynamique des vols d’Ariane 6 risque de dérailler avant la fin de l’année
La belle dynamique observée par la fusée Ariane 6 depuis le début de l’année va-t-elle soudainement caler ? C’est ce que laissait entendre un article de La Tribune , le 17 septembre dernier. On parlait alors d’un « aléa technique » susceptible de perturber le calendrier des lancements pour le reste de 2026.
Le lendemain, le média Space Intel Report mettait un nom sur le problème : il s’agirait d’une défaillance au niveau d’une turbopompe de moteur. Le souci aurait été repéré lors d’essais au sol au mois d’août. Selon le journaliste Peter B. de Selding, ce défaut pourrait significativement ralentir la cadence, en divisant par deux le nombre de lancements d’ici à fin décembre.
Finalement, l’Agence spatiale européenne, qui supervise ce programme, a pris la parole ce lundi 21 septembre, en adressant un communiqué à European Spaceflight . Il y a effectivement des retards à prévoir sur le planning de la fusée lourde européenne cette année, avec possiblement deux tirs en moins (six en tout, au lieu de huit en 2026).
La tuile arrive au moment où Ariane 6 connaît une montée en puissance : si la fusée ne comptabilisait qu’un seul tir en 2024, elle en avait bouclé quatre en 2025 et était partie pour en réaliser potentiellement huit en 2026 (quatre ont déjà décollé). Le lanceur a même atteint fin août sa première orbite géostationnaire .
Le programme a déjà connu un accroc, d’une autre nature. Lors du vol inaugural de juillet 2024, l’étage supérieur d’Ariane 6 n’était pas parvenu à rallumer son moteur auxiliaire pour la manœuvre de désorbitation finale, transformant ce premier tir en demi-succès. Les vols suivants, eux, se sont enchaînés sans incident majeur, jusqu’à cette alerte.
ArianeGroup, qui construit la fusée, et Arianespace, qui gère son exploitation commerciale, ont également réagi. S’ils n’ont pas non plus évoqué un souci au niveau de la turbopompe, ils ont tenu en revanche à être rassurants. Certes, des ajustements sur le calendrier de 2026 sont à attendre, mais cela ne va pas avoir d’effets à long terme.
Si « des vérifications supplémentaires, actuellement en cours, doivent être effectuées au sein de la chaîne de production d’Ariane 6 », pointent les deux sociétés, « la montée en puissance industrielle d’Ariane 6 se déroule sans encombre, et l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement industrielle est en bonne voie pour atteindre l’objectif de 9 à 10 lancements dès 2027. »
Dans un moteur de fusée, la turbopompe est un composant critique. C’est elle qui doit injecter les ergols (c’est-à-dire le carburant du lanceur) dans la chambre de combustion, tout cela avec une pression extrême. Car de celle-ci dépend la performance du moteur-fusée et, donc, sa capacité de poussée pour faire décoller la fusée et lui faire prendre de la vitesse.
Pour donner une idée, sur le moteur principal Vulcain 2.1, qui embarque sur l’étage principal d’Ariane 6, la turbopompe à hydrogène tourne à environ 33 000 tours par minute et développe à elle seule 15 mégawatts de puissance, soit plus qu’une rame de TGV .
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