« Si tu me vois, pleure » : que sont les pierres de la faim, ce sinistre phénomène qui réapparaît avec la sécheresse ?
En Allemagne, où elles sont nombreuses à dormir dans le lit des rivières et des fleuves, on les appelle les Hungersteine , les « pierres de la faim ». « C’est une sorte de repère, de mémorial créé pour préserver la mémoire d’épisodes climatiques extrêmes, en l’occurrence, des sécheresses, élucide Dominik Collet, professeur d’histoire climatique à l’université d’Oslo, au micro du média australien ABC Radio national . Il y en a beaucoup en Europe centrale et elles apparaissent mystérieusement, uniquement lorsque le niveau des cours d’eau est particulièrement bas car elles sont normalement situées dans des endroits inaccessibles, loin des berges des rivières. »
Selon lui, certaines de ces pierres, particulièrement anciennes, remonteraient au Moyen Âge. « On en trouve moins en Europe du Sud où les sécheresses sont un phénomène moins exceptionnel, mais on peut aussi en découvrir dans d’autres régions, comme en Chine », poursuit l’universitaire.
Si Dominik Collet rappelle que nombre de « pierres de la faim » ont sans doute disparu - ou les inscriptions qu’on y lisait ont pu être effacées à cause de l’eau - celles qui subsistent portent effectivement le plus souvent une série de dates, voire « des inscriptions plus lyriques ou poétiques ».
C’est le cas d’une « pierre de la faim » particulièrement connue, la pierre dite de Decin, du nom d’une ville tchèque où passe l’Elbe et où ce rocher réapparaît, lors d’intenses sécheresses. Selon la chaîne allemande Deutsche Welle , cette « pierre de la faim » qui daterait du XVI e siècle porte une sombre prédiction, en langue allemande, accolée à l’année 1904 : « Si tu me vois, pleure. »
En effet, si, au XXI e siècle, l’apparition de ces pierres donne parfois l’impression d’attirer touristes et curieux dans le lit des fleuves à sec, ce n’est assurément pas une bonne nouvelle. Ce que mesure parfaitement Jan-Michael Lange, géologue et spécialiste de ces pierres, interrogé par la chaîne RFI , au cœur de ce mois d’août 2026. Il se trouve, là encore, sur les bords de l’Elbe, mais en Allemagne, cette fois, et il scrute ce qui est peut-être la plus imposante « pierre de la faim » du pays, à Pirna.
La roche fait environ trois mètres sur cinq et « en temps normal, on ne la verrait pas du tout… Elle serait complètement immergée sous l’eau, » insiste le géologue, auteur d’une recherche publiée en 2019 sur les Hungersteine . Il y recensait notamment les inscriptions figurant sur la pierre de Pirna : la première remontait à 1707. Les dernières à 2015, 2018, 2019. Reste à y graver la date de 2026.
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« Vous avez des pierres qui commémorent des sécheresses tous les siècles et tout à coup, vous voyez apparaître dessus 2018, 2020, 2022 et maintenant 2026, soupire, comme en écho, Dominik Collet, au micro de ABC . Le phénomène devient plus commun, avec le réchauffement climatique. »
Si ces pierres perdent donc un peu de leur caractère exceptionnel, elles n’en restent pas moins annonciatrices de graves implications, s’accordent les spécialistes du sujet.
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