Guerre en Ukraine : la relique d’un prince du Moyen-Âge, nouvelle arme de Moscou ?
Pour remonter le moral des troupes, l'Église orthodoxe russe a envoyé sur le front ukrainien la main droite du "prince-guerrier" Dimitri Donskoï, canonisé pour avoir défendu Moscou contre l’invasion des Mongols au XIVe siècle. Une manière pour le Kremlin de donner une nouvelle vie aux reliques du passé en les mettant au service de sa propagande guerrière et religieuse.
Il s’agit d’une relique du prince Dimitri Donskoï, canonisé par l’Église orthodoxe russe en 1988, à la fin de l’ère soviétique. Les ossements ont été présentés à la population en grande pompe près de 50 ans plus tard, lors d’une cérémonie fin août à la cathédrale de l'Archange-Saint-Michel de Moscou, en présence du patriarche Kirill et du président russe Vladimir Poutine .
La présence du chef de l’État russe à une cérémonie consacrée à une relique ne tient pas seulement au fait que la cathédrale se trouve dans l’enceinte même du Kremlin. La vie et l’œuvre de Dimitri Donskoï présentent un fort potentiel de propagande en ces temps de guerre en Ukraine. Vladimir Poutine et le patriarche de Moscou et de toute la Russie ont probablement décidé d’exploiter autant que faire se peut la mémoire de "saint" Dimitri.
Le premier avantage de ce prince de Moscovie est qu’il est un descendant direct d’Alexandre Nevski, l’un des plus célèbres "princes-guerriers" de l’histoire russe, qui s'est illustré au XIII e siècle. Un siècle plus tard, son arrière-arrière-petit-fils a à son tour gagné sur les champs de bataille une réputation de général victorieux.
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Son principal fait d’armes : "sa victoire lors de la bataille de Koulikovo en 1380 contre les Mongols [dont les principautés russes étaient vassales, NDLR]", pointe Vebjorn Horsfjord, spécialiste de l’Église orthodoxe russe à l'université d'Innlandet, en Norvège. "Dimitri Donskoï est ainsi entré dans l’Histoire comme un grand défenseur de la Russie qui aurait vaincu des envahisseurs en surnombre grâce à l’intervention divine."
C’est précisément ce souvenir que le patriarche Kirill a invoqué en annonçant l’envoi de la relique dans le Donbass occupé. "C’est avec cette main droite que le grand-prince tenait l’épée qui a permis de conquérir la liberté face au joug mongol sur le champ de bataille de Koulikovo", a affirmé solennellement l’homme à la tête de l’Église orthodoxe russe, par ailleurs grand ami de Vladimir Poutine.
La mobilisation de cette relique "s’inscrit ainsi parfaitement dans la tradition russe de chercher dans son histoire des explications et des justifications pour la situation actuelle", assure Vebjorn Horsfjord. Avec sa figure de grand défenseur d'une nation en devenir, Dimitri Donskoï "permet de nourrir le récit d’un conflit en Ukraine qui serait en réalité une guerre défensive spirituelle et culturelle contre l’agression de l’Occident séculier et libéral", explique cet expert.
Cette approche très guerrière, politique et partisane de l’Église orthodoxe russe n’a rien d’étonnant.
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