Bugs en série, dossiers disparus : le logiciel "moyenâgeux" qui empoisonne le quotidien des policiers
Garder son calme, et ne surtout pas cliquer en pagaille face aux caprices de la machine.
En près de dix ans d’exercice au sein d’une brigade d’investigation de l’est de la France, Maud* a appris à ses dépens à gérer les innombrables bugs, plantages et problèmes de déconnexion du fameux logiciel de rédaction des procédures de la police nationale (LRPPN), dont les imprévisibles pannes sont connues - et redoutées - par la quasi-totalité de ses collègues.
"Pour le dire très clairement : c’est un outil obsolète avec lequel nous devons pourtant travailler tous les jours et qui nous fait perdre un temps fou", peste cette officière de police judiciaire (OPJ), qui n’a pourtant guère de temps à perdre en mésaventures informatiques.
Dans certains cas, ce programme utilisé par les enquêteurs pour rédiger leurs procès-verbaux (PV) ou leurs actes judiciaires et administratifs peut même donner des sueurs froides aux agents : au cœur de l’été, Maud a par exemple cru qu’elle n’arriverait pas à envoyer les documents nécessaires aux magistrats de deux tribunaux différents, dans le cadre d’une garde à vue de mineurs poursuivis pour dégradations.
"On avait une présentation devant les juges à 15 heures, et le logiciel a complètement planté à 13 heures", résume la policière.
Les factures et photographies annexées sous format PDF dans le dossier n’apparaissaient soudainement plus sur l’écran, et les nouveaux éléments que l’enquêtrice a tenté de télécharger ne s’intégraient pas.
Habituée, Maud a tenté de redémarrer son ordinateur, a pris garde à ne pas dépasser la limite de 5 mégaoctets (Mo) par document - au-delà de laquelle le logiciel rejette complètement le fichier -, et a recommencé plusieurs fois le processus… Avant de pouvoir finalement clôturer le procès-verbal, perdant au passage "plus de 45 minutes".
"J’ai eu de la chance : parfois, on est obligés de repousser une présentation au juge ou d’imprimer en vitesse les dossiers en version papier pour les faire parvenir aux magistrats, parce que le logiciel plante", lâche-t-elle, dépitée.
Partout en France, le LRPPN , jugé archaïque, semble exaspérer les enquêteurs, qui ne manquent pas de superlatifs pour désigner un logiciel “moyenâgeux”, comparable "à Windows 98" et si peu puissant qu’il reviendrait "à vouloir installer des applications de 2026 sur l’iPhone 2".
5News a agrégé ce résumé depuis le flux public du média. L'article complet, avec tout le contexte, est sur www.lexpress.fr — le contenu appartient à L'Express.