« Tu gagnes plus que les gens qui te jugent » : cet éboueur sociologue aime son métier et veut casser les préjugés
Il est un peu plus de 10 h, au Québec, 16 h, en France, quand le visage de Simon Paré-Poupart apparaît, les traits tirés, sur l’écran de la visio. Triturant sa casquette, des écouteurs enfoncés dans les oreilles pour échapper au bruit du restaurant de quartier où il s’est installé pour l’entretien, il a un sourire d’excuses : il a quelques minutes de retard, sa journée vient de se terminer, il porte encore sa tenue de « vidangeur » - c’est ainsi que l’on appelle les éboueurs, au Canada. Ce métier, il l’exerce depuis plus de vingt ans à Montréal - depuis ses 18 ans. Mais c’est loin d’être la seule corde à son arc puisqu’il est diplômé en sociologie et en psychologie et cumule des expériences d’intervenant social mais aussi de journaliste. Rien, en tout cas, qui n’ait réussi à le détourner du milieu des « vidanges », malgré l’âpreté de la tâche et le poids des préjugés qu’il charrie.
Mieux encore, le Canadien a écrit un livre sur le sujet, publié en France au printemps 2026, véritable plaidoyer pour une meilleure valorisation de ce métier - et pour une prise de conscience de notre rapport collectif aux déchets.
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Ordures ! Journal d’un vidangeur commence fort. D’emblée, l’auteur plante le décor : « Depuis vingt ans, j’ai charrié près de 70 000 tonnes de déchets, et cela a nécessairement façonné qui je suis. Dans le regard du passant, il m’arrive de voir qu’on me confond avec les déchets que je transporte. »
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Pourtant, lui n’éprouve que « le plus profond des respects » pour ses collègues, dont il sait « qu’ils comprennent leur utilité sociale bien plus que le reste des gens ». À l’édition du soir , il explique : « Quand j’ai commencé à exercer ce métier, j’étudiais parallèlement au Cégep - au Canada, c’est entre le lycée et l’université. Et je me sentais déjà solidaire de mes collègues vidangeurs, je me sentais presque coupable d’être assis sur les bancs de l’école parce qu’eux, ne le pourraient jamais. » Dès le départ, il développe « une forme de sympathie » pour ces travailleurs dont il ne soupçonnait pas, jusqu’ici, la rugosité du quotidien : « Pour moi, il était inconcevable que dans une société industrialisée occidentalisée il existe encore des métiers aussi durs. » Mais de la sympathie, les vidangeurs n’en veulent pas, a-t-il depuis compris : « Ils sont très fiers de ce qu’ils font. »
Malgré tout, un peu de considération de la part de la société ne pourrait pas nuire aux vidangeurs - et c’est bien l’objectif que l’auteur poursuivait, en prenant la plume : « Faire République, vivre en société, ça suppose qu’il y a des gens qui occupent des métiers qu’on ne voudrait pas faire. Moi, il y a beaucoup de métiers que je ne ferais pas, mais j’essaie dans ma conscience de me dire que ces personnes-là sont importantes pour moi.
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