"L'objectif est une production de masse" : premiers essais en mer en Bretagne pour un filet de chalut biodégradable
Publié le vendredi 9 octobre 2026 à 6h20 Mis à jour le vendredi 9 octobre 2026 à 7h47
Après trois ans de recherche, le projet LINC BioMer lance ses premiers essais en mer de filets de pêche biodégradables. Porté par l'entreprise Le Drezen de Treffiagat et La Coopération Maritime, ce nouveau matériau est le fruit de trois années d'études en laboratoire.
Révolution, évolution ou espoir sans lendemain face à l'impératif écologique et la pollution du plastique dans les océans ? Seul le temps et des tests poussés répondront à cette question.
Alors que la pêche représenterait 10 à 20 % de la pollution plastique au niveau mondial (selon plusieurs organismes comme la FAO), le projet LINC BioMer — né en janvier 2024 sous l'impulsion de La Coopération Maritime et de l'entreprise Le Drezen de Treffiagat — veut changer la donne.
Avec un budget de 1,2 million d'euros (dont 500.000 euros de France Filière Pêche et 277.500 euros de la Fondation Engie ), l'objectif est de créer un filet biodégradable et répondant au cahier des charges de la filière en termes de fiabilité et de solidité.
Max Dufour, directeur général de Le Drezen qui fabrique 700 tonnes de filets par an , assume cette ambition industrielle : " Les équipements de demain, ils doivent être durables et responsables. Cet équipement est mis au point dans une logique d'avoir une production de masse ".
Pour accoucher d'un prototype fiable, il a fallu trois années de recherche scientifique menées avec l'Université de Bretagne Sud à Lorient et l'IFREMER (sites de Lorient et Plouzané). Comme l'explique Morgan Deroiné, ingénieure en matériaux biodégradables à Lorient : " Nous avons développé et testé 40 formulations de plastiques biodégradables. C'est toujours un compromis entre la durée d'utilisation et ensuite sa durée de biodégradation une fois dans l'eau."
Alors qu'un filet conventionnel met 100 à 200 ans à disparaître, la nouvelle formule vise une dégradation complète en un peu moins de 10 ans en cas de perte en mer.
Transformer cette matière synthétique éco-conçue en engin de pêche n'a pas été un fleuve tranquille. Erwan Tanguy, directeur technique chez Le Drezen, rappelle la complexité du processus : " Du monofilament jusqu'au filet, il y a une dizaine d'étapes industrielles et à chaque étape, on a une surprise ."
Par exemple, l' élasticité inédite de la fibre faisait rebondir les poids qui servent à nouer les nœuds dans les machines et déréglait les mécaniques : " Ils avaient des comportements complètement inconnus […]. Il a fallu s'adapter et réapprendre les réglages de la machine. Les gars se sont creusé la tête pendant une semaine" .
Une fois la tresse formée, le travail d'assemblage manuel a en revanche rassuré les équipes. Vincent, mateloteur en atelier, souligne la prise en main concluante du matériau : " Au toucher, il est plutôt agréable et puis au niveau du nouage, il s'applique plutôt bien. Il a exactement la même tenue que les produits qu'on peut utiliser" .
L'expérimentation entre désormais dans sa phase décisive.
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