"Je voulais mettre fin à mes jours": quand les acouphènes "pourrissent" la vie de ceux et celles qui en souffrent
Le sifflement d'une locomotive, le grésillement d'une télévision détraquée, le ronflement d'un moteur d'aspirateur... Les acouphènes sont un mal invisible qui peut fortement handicaper la vie de ceux et celles qui en souffrent. Au point parfois de vouloir en finir. "J'ai souvent peur qu'ils me rendent folle, c'est comme un grille-pain qui vous crame les neurones." Lynda, une Morbihannaise de 51 ans, souffre d'acouphènes. "Un bruit d'onde", décrit-elle, qui plonge cette mère de quatre enfants dans un brouillard cérébral et un brouhaha permanent.
Elle a notamment dû renoncer aux repas en famille. "J'ai par exemple énormément de mal à supporter le bruit des couverts sur une assiette."
Comme Lynda, quelque 10 à 19% des adultes souffrent d'acouphènes en France, selon la Haute Autorité de santé (HAS). Mais leur fréquence augmente fortement avec l'âge - jusqu'à 31% chez les 60-69 ans. Pour certains, c'est un bourdonnement, pour d'autres une sonnerie, un grésillement, un chuintement ou un cliquetis.
"J'entends en permanence et en même temps une locomotive, un ventilateur et parfois des sirènes de pompiers", détaille Letitia, une Francilienne de 40 ans qui dit avoir la tête "comme une cocotte-minute". Parfois, ce bruit de fond est tellement fort qu'il couvre la voix de la personne qui lui parle.
Si les acouphènes peuvent apparaître progressivement, il arrive aussi que leur irruption soit brutale. C'est ce qu'a vécu Émilie Aubry, 40 ans. "Ça m'est arrivé subitement en pleine nuit", se souvient cette aide-soignante de Meaux (Seine-et-Marne).
Une apparition soudaine qui suscite souvent l'incompréhension. "Un matin, j'ai été réveillée par un bruit, comme si quelque chose était resté allumé", se remémore Valérie, 63 ans. Cette habitante de Vénissieux (Rhône) a d'abord cherché quel appareil dysfonctionnait dans son appartement avant de comprendre que le bruit était dans sa tête. Ce bruit, c'est "tantôt celui d'une télévision détraquée, tantôt le chant des cigales".
Même surprise pour Frederic, 55 ans, qui réside dans l'Aube. Tout a commencé il y a vingt ans alors qu'il allait se coucher. "Un train est arrivé un soir", raconte de manière imagée ce cavalier et professeur d'équitation. "Il s'est mis à siffler et il ne s'est jamais arrêté." Dans son cas, ses acouphènes sont liés à la maladie de Ménière - une affection chronique de l'oreille interne qui provoque des crises de vertiges.
Pour 1 à 4% des personnes, les acouphènes sont invalidants. "Le fait de développer des acouphènes invalidants est multifactoriel", explique Alain Londero, ORL à l'hôpital Lariboisière (AP-HP) et à l'Institut reConnect. "Il y a l'intensité de la perte auditive mais aussi des éléments préalables liés au sommeil, à l'état anxieux et dépressif qui feront que l'on sera plus ou moins perméable au côté intrusif des acouphènes."
Letitia, interrogée plus haut, est de ceux et celles qui souffrent d'acouphènes invalidants associés à de l'hyperacousie (une hypersensibilité auditive). Cette enseignante a été reconnue inapte en raison de ses problèmes auditifs, a dû rendre son appartement et retourner vivre chez sa mère.
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