Vivant Denon, le stratège : l’inventeur du Louvre raconté par Emmanuel de Waresquiel
Quel autre écrivain a réussi à passer à la postérité avec un texte d’une trentaine de pages ? Les connaisseurs vouent un culte à Point de lendemain , ce conte galant publié en 1777 (et corrigé en 1812) qui raconte une amourette d’un soir, au cours de laquelle un ingénu se fait duper par une femme plus expérimentée.
Philippe Sollers comme Milan Kundera vénéraient ce court classique de la fin du XVIII e siècle, antérieur aux Liaisons dangereuses – le premier a consacré un essai à Vivant Denon ( Le Cavalier du Louvre ), le second rend hommage à Point de lendemain dans un de ses derniers romans ( La Lenteur ).
La vie de Denon ne s’arrêta pas à ce livre de jeunesse.
On sait qu’il participa plus tard à l’expédition d’Egypte et que ce collectionneur au goût très sûr devint ensuite le premier directeur du musée du Louvre tel que nous le connaissons encore aujourd’hui.
Dans un très mauvais film sorti l’année dernière, Le Secret de Khéops , Fabrice Luchini interprétait un archéologue découvrant à Paris un trésor pharaonique (dans tous les sens du terme) que Denon aurait rapporté de la Vallée des Rois et caché à Paris.
Ce nanar entretenait le mythe d’un Indiana Jones de l’épopée impériale – sur lequel il y a à redire.
Spécialiste des rares stratèges qui ont réussi à surnager de l’Ancien Régime à la Restauration (tel Talleyrand ), Emmanuel de Waresquiel raconte dans une passionnante biographie comment l’astucieux Denon a su user de son charme et de sa ruse pour se construire la vie de ses rêves.
Dominique Vivant Denon voit le jour à Chalon-sur-Saône en 1747.
A 22 ans, ce jeune homme aux multiples talents (dessinateur, graveur) parvient à faire jouer à la Comédie-Française une pièce qu’il a écrite – un four.
Fait gentilhomme ordinaire du roi par Louis XV, il part en mission diplomatique à Saint-Pétersbourg, où il croise Diderot avant d’être expulsé.
En 1775, il se rend à Ferney pour visiter le vieux Voltaire.
Denon en tire une caricature hilarante qui rend furieux le philosophe : "Je vous supplierais très instamment de ne pas laisser courir cette estampe dans le public.
Je ne sais pourquoi vous m’avez dessiné en singe estropié avec une tête penchée et une épaule quatre fois plus haute que l’autre…" Ainsi est Denon : à la fois irrévérencieux et habile.
Bien avant Stendhal (qu’il fréquentera), il passe du temps en Italie.
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