« C’était un truc de fou » : 26 ans après son adoption, il retrouve sa mère biologique et veut le raconter dans un film
« J’ai vu cette femme pleurer. C’était choquant. J’ai vu les traits de son visage et je me suis dit que c’était possible que ce soit ma mère. » Il y a trois ans, avant cette scène dans un laboratoire de tests ADN, les premières pages de l’histoire de Brice Hoa Thanh Sylvain étaient encore vierges ou presque. Un bébé, recueilli à 10 jours dans un couvent du Vietnam, en novembre 1996, et une adoption quasi immédiate. Voici le peu qu’il savait sur sa naissance.
La suite du récit s’est écrite à plus de 9 000 kilomètres de cette genèse, dans un petit village près d’Aix-en-Provence, avec des parents adoptifs aimants. « Il n’y avait aucun Asiatique, à part moi. J’étais introverti et timide. Je voulais juste être Brice Sylvain, un mec comme les autres, Caucasien. J’ai grandi avec une forme de rejet de mon identité vietnamienne » , se souvient celui qui utilise désormais aussi son prénom de naissance : Hoa Thanh. Comme beaucoup de Français asiatiques, le garçon subit les moqueries décomplexées. Quand on l’appelle « le Chinois », il n’ose rien dire, mais bout à l’intérieur. « Je le prenais mal, mais c’était très intériorisé. » Alors quand ses parents lui proposent de passer des vacances dans son pays d’origine, il refuse. « J’avais peur. Je me disais : c’est le pays qui m’a rejeté. »
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Ce n’est qu’à la fin de l’adolescence que naissent les premières interrogations. Après le lycée, le Provençal se lance dans des études de cinéma. Il découvre les créations asiatiques. « Tout est venu en même temps. Je commençais à avoir des modèles et ça m’a aidé à plus m’accepter » , retrace le cinéphile. En parallèle, celui qui se rêve réalisateur pratique aussi la photo. Son premier projet est une série de portraits de femmes asiatiques, « pour retrouver les traits de ma mère » , explique-t-il.
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En 2017, il se met à son compte comme réalisateur de films publicitaires et commerciaux, mais reste tiraillé par ses origines. Il réalise un court métrage, pour le Nikon film festival, dans lequel il met en scène un homme de 30 ans qui se souvient de sa mère. Commencent ensuite les recherches. Grâce aux réseaux sociaux, il est mis en relation avec des enquêteurs au Vietnam. Pendant sept mois, ceux-ci tentent de retrouver la trace des proches, mais aucune piste sérieuse n’émerge. Comme point de départ ils n’ont qu’un prénom et une ville : Tay Ninh, à une heure de route au nord d’Hô Chi Minh. Brice Hoa Thanh Sylvain décide malgré tout de faire le déplacement. « J’y vais pour mettre un petit coup de pied dans la fourmilière, mais je me dis que ça ne sert à rien. » Arrivé sur place, c’est le choc du dépaysement. Le vidéaste, âgé de 29 ans aujourd’hui, ne trouve pas les mots pour décrire ce qu’il a ressenti à ce moment-là. Un mélange d’émotions contraires.
Alors qu’il joue ses dernières cartes pour tenter de retrouver sa mère, il reste sur la défensive.
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