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Actualité : "Valable à vie" : l’histoire folle du forfait Millenium que personne n'a voulu lâcher pendant des années

Les Numériques ·
Actualité : "Valable à vie" : l’histoire folle du forfait Millenium que personne n'a voulu lâcher pendant des années

Demandez à un quinquagénaire ce qu'était le Millenium. Il vous parlera de nuits entières au téléphone sans surveiller le compteur, de cette impression d'avoir déjoué le système, d'un forfait qu'il a gardé bien plus longtemps que de raison. Puis il ajoutera, souvent à mi-voix : " Je crois que c'était chez SFR ". C'est là que ça se complique. Parce que ce qu'on appelle "le forfait Millenium" recouvre en réalité deux offres concurrentes, lancées à un mois d'intervalle par deux opérateurs rivaux. Le nom de l'une a fini par désigner les deux, et 25 ans de récits de comptoir ont achevé de souder les souvenirs.

Le vrai Millenium a bien existé. Bouygues Telecom le lance en novembre 1999 : 240 francs TTC par mois, deux heures de communications en semaine, appels illimités le week-end vers les fixes français et les mobiles Bouygues. Une formule encore encadrée. Mais audacieuse dans un marché où l'on raccrochait avant la fin de la phrase pour ne pas entamer la minute suivante.

SFR réplique le 1er décembre 1999. Son offre, qu'on résume couramment par " soir et week-end illimité ", ouvre les appels gratuits de 20 h à 8 h, le week-end et les jours fériés, vers les fixes français et les mobiles SFR, avec en plus un crédit utilisable hors de ces plages. Même prix, 240 francs. Et une mention qui va peser lourd : valable "à vie". L'une était plus large par ses plages horaires. L'autre portait le nom. Voilà toute l'histoire de la confusion. Parler du "Millenium de SFR" n'est donc pas vraiment une erreur, c'est le raccourci devenu dominant. Historiquement, les deux offres restent distinctes.

Arnaque ? Pas au sens strict. Pour ceux qui en bénéficiaient, la proposition était imbattable. Le prix restait élevé pour l'époque, l'équivalent d'environ trente-six euros par mois quand la plupart des forfaits se contentaient d'une poignée d'heures. Mais payer un montant fixe et cesser de compter ses minutes le soir et le week-end, personne n'avait vu ça avant.

La ruée est immédiate. Environ 400 000 personnes souscrivent au forfait SFR en quelques semaines, entre le lancement du 1er décembre 1999 et le retrait de la commercialisation, le 16 janvier 2000. Six semaines de commercialisation, pas une de plus. Le succès met à nu les limites d'un réseau et d'un modèle économique bâtis à une époque où l'usage intensif du mobile relevait de l'exception.

L'opérateur semble avoir sous-estimé deux choses. L'intensité avec laquelle les abonnés allaient réellement se servir de l'illimité, d'abord. La concentration des appels à l'ouverture de la plage gratuite, ensuite : à 20 h précises, tout le monde décroche en même temps. Le réseau sature, la qualité de service se dégrade sur les créneaux les plus demandés, et SFR arrête la commercialisation au bout de six semaines. Le retrait a fait le reste. Les détenteurs se retrouvent avec un forfait introuvable, assorti d'une promesse "à vie". Certaines lignes ont été conservées des années durant, parfois au prix d'un renoncement à changer d'offre, et même de téléphone, tant l'idée de perdre le forfait paraissait absurde.

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