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Culture

Au musée Soulages de Rodez, Hiroshi Sugimoto architecte de la lumière

France Culture ·
Au musée Soulages de Rodez, Hiroshi Sugimoto architecte de la lumière

Au musée Soulages de Rodez, l’exposition « Reprendre la mélodie » fait résonner les oeuvres du photographe japonais avec celles du peintre français. Abstraction, antériorité du noir, cosmologie : Hiroshi Sugimoto nous invite à contempler un horizon qui est peut-être aussi celui des premiers hommes.

Un rapport au temps comme dimension fondatrice de l’œuvre, le noir envisagé comme matière première autant que comme source de lumière, l’horizon appréhendé comme structure spatiale et métaphysique… Si Pierre Soulages (1919–2022) et Hiroshi Sugimoto ne se sont jamais rencontrés, des échos puissants existent entre leurs oeuvres. Partant de la notion de honka-dori empruntée à la poésie japonaise classique, l'exposition Reprendre la mélodie explore les résonances, qui lient le maître de l’abstraction au photographe conceptuel.

Hiroshi Sugimoto commence son travail artistique à New York, où il s'installe dans les années 1970. Photographe, mais aussi architecte et scénographe, il bénéficie aujourd'hui d'une reconnaissance internationale. Huit de ses séries, courant de la fin des années 1970 au début des années 2020, sont à découvrir au musée Soulages.

Né en 1948 dans le Japon post bombe atomique, Hiroshi Sugimoto ne cherche pas à capturer la réalité instantanée, mais plutôt à fixer des images mentales qui transcendent le temps. Maud Marron-Wojewodzki, directrice du Musée Soulages, définit ainsi son travail : "C'est à la fois une virtuosité technique et en même temps quelque chose d'extrêmement puissant et d'extrêmement profond d'un point de vue conceptuel. Chez Sugimoto, on ne cherche pas à capter le réel, on n'est pas dans la street photography de l'après-guerre où l'on regarde les mouvements dans les rues, où l'on cherche l'intuition de ce qui se passe au quotidien. Au contraire, on est dans un rapport à la photographie qui vient pallier les limites de la perception humaine et donner à voir les images mentales qui peuplent son univers."

Mais que photographie-t-on lorsque la photographie ne cherche plus à restituer le réel ? Avec ses Theaters ou encore ses Opticks , Sugimoto interroge les limites de la perception et la puissance de la machine photographique : peut-elle montrer ce que l’œil ne voit pas, suspendre le temps, faire surgir une mémoire au delà de l'anthropocène ?

Maud Marron-Wojewodzki développe : "Les photographies de Sugimoto ne représentent pas le réel. Elles donnent plutôt à voir des fantômes. Dans les Theaters, série qui va le faire connaître avec les Dioramas lorsqu'il est à New York au milieu des années 70, il entre au départ sans autorisation dans une salle de cinéma, ouvre la caméra au début du film et la referme à la toute fin, en essayant de saisir ce que l'œil humain ne peut pas voir, à savoir 170 000 images qu'il appelle "images rémanentes". C'est l'idée de la mémoire, de la disparition, de la ruine de ces lieux qui, pour beaucoup d'entre eux, ont fermé ou été détruits aujourd'hui.

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