Naufrage meurtrier au large de Calais en 2021: devant la juge, les secours se contredisent les uns les autres
Comment une trentaine de migrants ont pu périr en mer par une nuit de novembre 2021 au large de Calais malgré des appels de détresse aux secours? Alors que quatorze passeurs présumés sont jugés à Paris pour ce naufrage meurtrier , le pire connu dans la Manche, les investigations mettent en lumière des contradictions dans les versions des sauveteurs.
Des confrontations ont eu lieu en juin, d'après des éléments de l'enquête dont l'AFP a eu connaissance. Dans cette information judiciaire ouverte à Paris, sept militaires - cinq personnels du centre régional de surveillance et sauvetage (CROSS) et deux marins d'un patrouilleur - sont mis en examen depuis 2023 pour ne pas avoir porté assistance aux naufragés.
Au moins 31 personnes, dont une fillette de 7 ans, se sont noyées ou ont disparu la nuit du 23 au 24 novembre 2021 , dans le naufrage de leur bateau, de mauvaise qualité, entre les eaux françaises et britanniques.
Fanny R. est l'une des militaires poursuivies. Alors jeune opératrice de la Marine nationale, elle avait répondu aux appels des migrants. Elle leur avait assuré qu'un secours leur serait envoyé "as soon as possible" - le plus rapidement possible, en anglais. Sans en avoir la certitude pourtant. Mais la militaire voulait les "rassurer" pour "éviter les débordements et justement un naufrage", affirme-t-elle en juin, devant la juge d'instruction.
Elle pensait aussi qu'il fallait "libérer les lignes" pour ne pas risquer de rater d'autres appels d'urgence. "Quand la situation est tempérée", "parfois c'est une issue qu'on nous demande d'avoir pour pouvoir mettre un terme, sinon on reste pendant des heures au téléphone".
Face à elle, dans le bureau du juge, Frédéric J., officier de permanence la nuit des faits aussi mis en examen, se dit "outré". "En aucun cas, la hiérarchie du CROSS donne ce genre de consigne, ça n'a pas de sens de libérer des lignes car si on libère, et qu'on n'a plus d'appel (des migrants, NDLR), qu'est-ce qu'on fait?" Pourquoi, lui, n'a-t-il pas donné la consigne d'agir? Il affirme ne pas avoir eu l'information.
Les investigations s'attachent désormais à décortiquer les cartes et les logiciels utilisés, notamment pour savoir qui disposait des informations sur la position et les difficultés de l'embarcation.
Les militaires sont soupçonnés d'avoir attendu que le canot passe dans les eaux anglaises, pour que les services britanniques s'en occupent.
"Il y a peut-être un manquement à ce niveau-là, de laisser passer du côté britannique pour éviter de trop utiliser nos moyens", "sans pour autant abandonner" les migrants, avait avancé Fanny R. dans un précédent interrogatoire.
Cette fois, c'est Pauline M., la cheffe de quart le soir du drame, qui la contredit. "Je ne fais pas attention à la proximité avec les eaux anglaises" si le bateau est en eaux françaises, affirme-t-elle en confrontation. Secourir est mon "cœur de métier".
Fanny R. affirme avoir partagé à ses supérieurs son incompréhension de ne pas envoyer des secours, et avoir même eu un échange, en leur présence, avec les secours britanniques au téléphone, qui demandaient à la France d'agir. Ses supérieurs nient.
"En plusieurs années, Pauline M.
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