Recoller les morceaux de l'Amérique avec Madeline Cash
La jeune autrice américaine raconte dans un premier roman satirique et loufoque - déjà un grand succès outre-Atlantique - la décadence morale et l'errance spirituelle d'une famille américaine.
La semaine du Regard Culturelle sera états-unienne, et ceci à l’occasion du festival America qui se tiendra dès jeudi prochain à Vincennes, et qui rassemble pendant quelques jours la crème de la crème des écrivains. Un événement qui célèbre cette année le deux cent cinquantième anniversaire de l’indépendance des Etats-Unis. Alors le premier roman dont je vais vous parler, on ne peut pas dire exactement qu’il soit écrit à la gloire de la grande nation américaine, quoique : c’est un livre satirique, mais dont la morale est il m’a semblé, étonnamment conservatrice, un roman très réjouissant en tous cas, vif, drôle, et réconfortant.
Les Brebis égarées - c’est son titre - émane d’une très jeune autrice. Madeline Cash est née en 1996, c’est son premier livre, grand succès outre-Atlantique, traduit par Alexandre Civico et Barbara Trajan pour Denoël . Ça commence dans une église infestée de mites, depuis qu’une certaine grenouille de bénitier a décidé de mettre des plantes vertes partout. Le père Andrew reçoit dans son bureau une jeune adolescente, Harper Flynn, qui vient se confesser. La liste de ses péchés est longue : elle a volé des médicaments dans une pharmacie pour les revendre, allumé des feux dans la rue, envoyé un porno scandinave à tous les contacts pros de son père, apprit le latin pour embêter les pentecôtistes de son école, libéré un homard de son aquarium, mais le pire, c’est qu’elle pense que son père est sur le point de se suicider.
De fait, ça ne va pas bien fort chez les Flynn. La mère a décidé d’ouvrir son mariage et a peu ou prou abandonné le foyer ; le père dort dans un amoncellement d’emballages de fast food à l’intérieur de sa voiture ; l'aînée des trois filles sèche l’école, sort avec un ex-militaire et se glisse dans les soirées huppées du patron de son père ; tandis que celle du milieu est tombé amoureuse en ligne d’un type qui lui demande de respecter Dieu, et accessoirement d’acheter des produits chimiques et des clous. Tout le monde dans cette petite ville américaine fictive est une “brebis égarée”, dont chaque chapitre, court et incisif, raconte les petites bêtises et les grandes sorties de route.
Ces dernières années, on en a lu des livres satiriques sur la famille américaine, et des bons - à commencer par ceux de Taffy Brodesser-Akner, qui attaque la bourgeoisie juive new-yorkaise dans des formes également chorales et satiriques ; je pense aussi dans une autre mesure au roman de Miranda July A quatre pattes , qui raconte le pétage de plomb d’une cinquantenaire californienne laissant mari et enfant pour aller rénover à des frais ahurissants une modeste chambre de motel.
La différence avec Madeline Cash, c’est qu’il s’agit pour elle moins de faire exploser les structures familiales et morales, qui le sont d’emblée dès le premier chapitre, mais au contraire de les reconstituer - et il me semble qu’il y a là quelque chose de générationnel, peut-être un attrait pour un certain retour à l’ordre, et à une spiritualité aussi.
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