Shahed: des technologies occidentales aux composants chinois, comment l’Iran a transformé un drone low-cost en l’une des armes les plus emblématiques de la guerre moderne
Des frappes iraniennes dans le Golfe aux attaques russes en Ukraine, le Shahed est devenu l'un des symboles de la guerre des drones. Petit, peu coûteux et produit en masse, cet appareil repose aussi sur une chaîne technologique mondialisée, avec de nombreux composants venus de Chine, parfois via des circuits d'approvisionnement détournés ou difficiles à tracer. Le "Shahed-136" et ses différentes variantes sont devenus l’un des symboles de la guerre des drones. Petit, relativement peu coûteux et capable de frapper à longue distance, ce drone d’attaque iranien est utilisé massivement par la Russie en Ukraine depuis 2022, notamment pour saturer les défenses aériennes et viser des infrastructures critiques. Des appareils de ce type ont également été employés au Moyen-Orient et même au Mali par les forces maliennes et leurs supplétifs russes.
Son succès repose notamment sur son faible coût, estimé à quelques dizaines de milliers de dollars par appareil, sa longue portée et sa simplicité d’emploi. Lancés en nombre, les Shahed peuvent saturer les défenses adverses et les contraindre à utiliser des intercepteurs bien plus coûteux. Leur petite taille et leur faible signature radar compliquent également leur détection, tandis que leur guidage par coordonnées permet de les programmer avant le lancement, sans nécessiter de pilotage à distance.
Pour développer le Shahed, l’Iran s’est initialement appuyé sur des technologies inspirées notamment de modèles américains et ouest-allemands. Le drone est ainsi en partie né de l’isolement technologique de l’Iran, qui cherche depuis plusieurs décennies à développer une industrie militaire autonome, tout en restant dépendant de composants et de technologies étrangers pour certains éléments clés.
C’est notamment le cas du moteur. L’Iran s’est d’abord appuyé sur le L 550 E, un moteur de conception allemande fabriqué par Limbach Flugmotoren. Selon des documents diplomatiques américains, cités par le Wall Street Journal , Téhéran aurait réussi à s’en procurer grâce à des intermédiaires et à de faux documents. Plus largement, certains composants occidentaux auraient transité par des sociétés écrans en Chine continentale ou à Hong Kong afin d’en dissimuler l’origine.
Au fil du temps, l’Iran a toutefois cherché à remplacer ces composants par des productions locales. Le pays a notamment développé sa propre version du moteur, qui reste dépendante de pièces chinoises. Une entreprise chinoise avait commencé à distribuer les moteurs Limbach dès 2012, avant de racheter le fabricant allemand en 2017. Des intermédiaires chinois auraient également facilité l’achat de pièces destinées aux Shahed, faisant de la Chine un maillon important de la chaîne d’approvisionnement de ces drones iraniens.
Le département du Trésor américain a d'ailleurs sanctionné Xiamen Limbach Aircraft Engine, la filiale chinoise du fabricant allemand, pour avoir fourni des moteurs à la Russie dans le cadre de son programme de drones .
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