Les "vieux doctorants" : se lancer dans une thèse pour s'accomplir
En France, l’âge moyen des diplômés au moment de l’obtention du doctorat est de 31 ans. 29 ans pour les mathématiciens, 45 ans pour les diplômés en sciences de l'éducation. Les seniors qui se lancent dans une thèse optent pour les disciplines de la santé et les sciences humaines et sociales.
Ça grouille dans le hall. En cette période de rentrée, les étudiants en master de l'Université Paris Nanterre posent pour des photos de promo. Estelle Verkest-Queneau, a une vingtaine d’années de plus qu'eux. La quadragénaire s'est lancée il y a deux ans dans une thèse en sciences de l'éducation. Tout comme Ingrid Ley Vogel, une formatrice santé de 55 ans, qui consacre son travail de recherche à l’influence des pratiques artistiques sur la trajectoire professionnelle. Les deux femmes ne se sont pas lancées dans ces études pour améliorer leur carrière ou leur salaire. Les "vieux doctorants" sont une petite minorité à l'université et ils sont animés par une quête de sens.
"Dans une société où tout doit rapporter quelque chose, c’est un contrepied. Je me suis lancée dans une thèse pour le plaisir d’apprendre, par curiosité, dans une démarche de croissance personnelle, explique Ingrid. Dans une société où il faut toujours aller plus vite, faire une thèse, c’est réfléchir pendant cinq ou six ans sur une question qui nous porte."
Pour Estelle, manipulatrice radio, c’est la question de l’IRM chez les femmes atteintes d’endométriose qui s’est imposée comme sujet de thèse. Un travail de recherches exigeant qu’il faut concilier avec son quotidien de mère de famille fait de "longues journées, des samedis et dimanches à se réveiller tôt pour travailler dans le calme".
Ce qui motive Estelle, c’est sa passion pour la recherche qu'elle a découverte en se lançant il y a quelques années dans un master en formation continue. La quadra a décidé ensuite de franchir le pas du doctorat. "C'est inspirant" , commente Yacine, un de ses camarades d’université âgé d’une vingtaine d’années. Il ne cache pas son admiration pour ces doctorants seniors. "Ça rassure parce qu’on peut se dire que plus tard, on aura encore d’autres trucs à faire. On n’est pas obligés de se bloquer sur un seul endroit, un seul métier."
C'est un défi. Retrouver les bancs de l'université après trente ou quarante ans de vie active n’est pas si simple. "Un doctorant qui arrive juste après sa formation initiale sait prendre des notes, il a ses cahiers, il maitrise les codes du 'métier d’étudiant'. Ceux qui se lancent dans une thèse à 60 ans ne se rappellent plus qu’il faut prendre des notes ni comment s’organiser. Ce qu'ils réapprennent. Mais, par ailleurs, ils ont d'autres atouts. Eux, qui ont une vie professionnelle et qui ont vécu plein de choses" , raconte Olivier de Las Vergnas qui dirige les travaux de recherches d'Estelle et d'Ingrid. Ces "vieux doctorants" ont une imagination et des capacités différentes, estime le professeur. Les seniors ont toute leur place à l’université, souligne le professeur.
"Il ne faut pas voir l'université comme une usine à produire de jeunes professionnels pour les entreprises et pour le monde économique. C’est une essentielle.
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