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Enseignement : « Afin de rétablir leur autorité, les enseignants doivent travailler plus pour gagner plus »

La Croix ·
Enseignement : « Afin de rétablir leur autorité, les enseignants doivent travailler plus pour gagner plus »

À l’heure de la rentrée des classes resurgit la question de la rémunération des enseignants. À cela, deux raisons principales.

La première est bien connue. Le métier a perdu toute attractivité, ce dont témoignent les difficultés persistantes de recrutement dans plusieurs académies.

La seconde est conjoncturelle. Si la campagne présidentielle n’a pas encore commencé, l’agenda politique du moment voit la plupart des candidats déclarés multiplier les promesses en déclarant qu’il faut revaloriser les salaires pour « rendre aux professeurs la dignité de leur métier » (Édouard Philippe) ou bien encore « rattraper les moyennes européennes » (Raphaël Glucksmann).

De fait, s’il faut se féliciter que les candidats à la présidentielle prennent la mesure du désarroi des enseignants, il est toutefois à craindre qu’aucun d’entre eux n’ait pris la mesure de la gravité de la situation présente. Car enfin, de quoi les uns et les autres parlent-ils lorsqu’ils font mine de s’indigner du traitement financier que nous réservons aux professeurs ?

D’une revalorisation de 500 € sur cinq ans pour le premier des deux candidats, de 10 à 20 % pour le second quand Jean-Luc Mélenchon propose, lui, et de manière évasive, une « revalorisation des grilles salariales ».

Ces propositions, disons-le tout net, ne sont pas à la hauteur du défi que nous devons relever pour l’avenir de l’école. Faut-il, en effet, rappeler que les salaires des professeurs français, selon le dernier rapport « Regards sur l’éducation » publié en 2024, sont inférieurs à la moyenne de l’OCDE à chaque étape de la carrière et à tous les niveaux d’enseignement ?

Alors que le salaire brut des jeunes professeurs de collège équivalait à 2,3 fois le smic en 1980, il n’était plus que de 1,2 fois le salaire minimum en 2024. Soyons réalistes. Voulons-nous relever le niveau de l’école française dont toutes les enquêtes internationales soulignent les carences ? Ne faut-il pas, dans ce cas, élever le niveau de recrutement des enseignants et, pour cela, revaloriser de façon autrement plus ambitieuse les salaires ? La raison en est simple. Pourquoi un étudiant embrasserait-il le métier de professeur quand celui-ci lui permettra d’obtenir à la veille de la retraite la rémunération qu’il pourrait percevoir dans le privé en début de carrière ?

D’aucuns objecteront que le malaise enseignant n’est pas seulement pécuniaire. Ils auront infiniment raison. Comment le salaire des professeurs a-t-il pu, en effet, être à ce point diminué sinon en vertu de la déconsidération de leur statut social, amorcée à la fin des années 1960 ?

À cette époque, la démocratisation du système éducatif semble indissociable de la remise en cause du magistère des enseignants, l’autorité des professeurs étant alors soupçonnée de maquiller un mécanisme de domination économique visant à interdire aux enfants de la classe ouvrière de s’émanciper de leur statut social.

Or que nous dit ici notre présent sinon que nous avons proprement ruiné le statut des professeurs, conspués de toutes parts et financièrement éreintés ? Faut-il s’en étonner ? Absolument pas.

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