"S'il vous plaît, ne nous rendez pas encore plus pauvres": en marge de la réunion du FMI à Bangkok, des manifestants rejettent les appels à l'austérité
Après des années de crise, le Fonds monétaire international et la Banque mondiale préviennent que les dettes publiques sont trop élevées et appellent les gouvernements à contrôler leurs dépenses, en particulier dans les pays en développement. Sombat Chuekrod, producteur de noix de coco, a parcouru plus de 200 kilomètres pour rejoindre vendredi 16 octobre à Bangkok des manifestations contre la discipline budgétaire demandée aux pays en développement par le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale. "Nous voulons que le FMI et la Banque mondiale repensent leur rôle", a déclaré l'agriculteur de 51 ans derrière des banderoles réclamant une réforme des institutions.
Ministres des Finances, gouverneurs de banques centrales et autres hauts responsables politiques sont réunis cette semaine à Bangkok, à l'occasion des assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale, pour chercher des réponses à la poussée inflationniste. Le message du FMI est clair: après des années de crises économiques, de la pandémie de Covid aux guerres en Ukraine et au Moyen-Orient, la dette mondiale est trop élevée et les gouvernements doivent réduire leurs dépenses.
Les manifestants venus dans la capitale thaïlandaise souhaiteraient plutôt que des institutions comme le FMI annulent une partie de la dette, financent davantage l'adaptation au changement climatique et encouragent des réformes fiscales.
Le directeur exécutif d'Oxfam, Amitabh Behar, estime que le monde fait face à une "urgence des inégalités" et remet en question les appels du FMI à l'assainissement budgétaire. "Cela entraînera davantage de hausses de prix et pourrait conduire à la faim", dit-il. "Nous verrons de nouvelles réductions dans les dépenses de santé, d'éducation et de protection sociale de base (...) au moment même où ces dispositifs sont les plus nécessaires".
Le FMI a relevé cette semaine ses prévisions de croissance mondiale , évoquant une "résilience" inattendue de l'activité économique, tout en avertissant que cette prospérité restait très inégalement répartie et que les pays les plus vulnérables continuaient à décrocher.
La directrice adjointe du département de la recherche du FMI, Petya Koeva Brooks, affirme que ces derniers n'ont "pas d'autre choix" que de rééquilibrer leurs finances publiques, soit en réduisant leurs dépenses, soit en augmentant leurs recettes.
Le Fonds recommande notamment un ciblage plus précis des subventions à l'énergie et à l'alimentation mises en place pour amortir les impacts de la guerre au Moyen-Orient. Une logique contestée par Lidy Nacpil parmi les manifestants. "À partir de quel niveau de pauvreté estime-t-on qu'une personne mérite une aide?", interroge-t-elle.
Ancien gouverneur de la banque centrale du Pakistan, Reza Baqir, désormais membre d'un cabinet de conseil, sait "combien il peut être difficile de concilier les besoins des citoyens avec les exigences d'un programme du FMI".
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