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Économie

Annuler la dette publique : Jean-Luc Mélenchon et le piège de l’« argent magique »

Challenges ·
Annuler la dette publique : Jean-Luc Mélenchon et le piège de l’« argent magique »

Le projet mélenchoniste d’annulation d’une partie de la dette publique relève de la fraude intellectuelle. Car ce retour de l’« argent magique » aurait un coût bien réel pour la France… comme pour ses partenaires européens.

La déroute de nos finances publiques , nourrie par les surenchères démagogiques des oppositions aux gouvernements minoritaires de ces dernières années en France, obligera le futur président de la République à un changement majeur de politique économique. Le niveau de notre dette expose notre pays à une crise monétaire majeure dans un contexte de hausse des taux d’intérêt dans le monde et de perte de confiance dans notre volonté collective à la rembourser.

Sur le fond, il n’existe que deux politiques possibles pour rétablir la soutenabilité de notre économie : la baisse des dépenses publiques ou la hausse de la fiscalité. Jean-Luc Mélenchon en propose une troisième, celle de l’annulation partielle de la dette publique, tout simplement. Elle porte effectivement sur les 18 % de celle-ci détenus par la Banque de France. Comme cette banque est entièrement propriété de l’État, il s’agit effectivement d’une dette que l’État a vis-à-vis de lui-même. D’après LFI, son annulation serait donc indolore.

Si nous vivions encore avec une monnaie nationale, cette monétisation de notre dette, si elle devait se répéter (et LFI n’a aucune crédibilité sur le caractère unique de cette opération), reviendrait à financer nos dépenses publiques en faisant « travailler la planche à billets ». Ce serait le retour de l’argent magique, la disparition de la contrainte budgétaire et la possibilité politique de faire de merveilleuses promesses de dépenses à ses électeurs.

Le verdict de mille ans d’histoire monétaire est sans appel. Durant la guerre de Cent Ans, les rois de France, incapables de lever l’impôt, ont recouru à une stratégie similaire en réduisant progressivement le contenu en métaux précieux des pièces dont ils contrôlaient l’émission et la circulation. Sous la Régence, ce fut le funeste système de Law. Durant la Révolution, ce furent les assignats. Au sortir des deux guerres mondiales, ce furent des émissions monétaires massives pour financer la reconstruction. Mais hélas, il n’y a rien de magique ici.

Dans tous ces cas, le peuple a payé ces dépenses publiques à travers la perte de valeur de la monnaie qu’il détenait, ce qu’on appelle l’inflation. Ce seigneuriage est une taxation « invisible » qui frappe avant tout les travailleurs qui ne bénéficient pas d’une indexation de leurs salaires, comme les fonctionnaires, ou les détenteurs de dettes publiques et privées à taux de rendement nominal fixe quand ces chocs inflationnistes n’ont pas été anticipés par les marchés.

Les désastres économiques que cette inflation provoque sont parfois majeurs.

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