Ses modèles bon marché sont plus pratiques pour un continent où se côtoient plus de 2.000 langues: face aux États-Unis et à l’Europe, la Chine a-t-elle déjà gagné la bataille de l'IA en Afrique ?
La Chine accélère son offensive technologique en Afrique, multipliant les investissements dans les télécoms, les infrastructures et l’intelligence artificielle. Une stratégie à la fois économique et géopolitique, qui permet à Pékin de renforcer son influence sur le continent face aux États-Unis, dont la présence reste aujourd’hui plus limitée. La Chine a-t-elle déjà gagné la bataille de l’intelligence artificielle en Afrique ? En l’espace de quelques années, Pékin a intensifié son offensive sur le continent, multipliant les investissements dans les infrastructures, les télécoms, le matériel militaire, mais aussi, et surtout, dans les technologies et l’intelligence artificielle. Pour la République populaire, l’Afrique représente un enjeu stratégique majeur , à la fois économique et géopolitique.
Et pour Ernest Mwebaze, développeur ougandais, la question posée en préambule ressemble déjà davantage à une affirmation qu’à une véritable interrogation. L’an dernier, ce dernier a comparé plusieurs outils d’IA américains et chinois pour développer un système capable de comprendre les nombreuses langues parlées en Ouganda. Interrogé dans les colonnes du New York Times, il explique que c’est finalement le modèle d’Alibaba qui s’est montré le plus performant, mais aussi le moins coûteux et le plus facile à personnaliser avec des données locales, devant les solutions de Meta et Google.
Son système, baptisé “Sunflower”, est désormais utilisé dans tout le pays. Il permet notamment aux agriculteurs d’obtenir des informations météo et des conseils agricoles directement dans leurs dialectes locaux, illustrant l’attrait croissant des technologies chinoises en Afrique. Ernest Mwebaze fait aujourd’hui partie des nombreux développeurs africains qui, au cours de l’année écoulée, se sont tournés vers les modèles d’IA chinois.
Au Kenya, certains les utilisent pour optimiser des services juridiques et commerciaux, au Nigeria, pour développer des outils éducatifs, au Ghana, pour créer des chatbots adaptés aux usages locaux. Des partenariats émergent également en Algérie. Alors, comment expliquer cet essor des IA chinoises sur le continent africain ? Plusieurs facteurs entrent en jeu, à commencer par leur coût, souvent bien inférieur à celui des solutions américaines.
BFM Tech est récemment revenu sur ce phénomène de lutte autour des prix. Selon le cabinet Artificial Analysis, le modèle chinois DeepSeek V4-Flash figure parmi les IA les moins coûteuses à exploiter au monde. Son coût moyen est estimé à seulement 3 centimes de dollar par test, soit plus de 100 fois moins que certains modèles concurrents américains. Selon d’autres estimations, publiées par la revue Foreign Policy, Kimi, un modèle développé par la start-up pékinoise Moonshot AI, coûte environ 3,40 dollars par million de jetons générés, contre 25 dollars pour Opus 4.7 d’Anthropic et 30 dollars pour GPT-5.5 d’OpenAI.
Une stratégie de prix bas qui constitue l’un des principaux atouts de DeepSeek et consorts face aux géants de la Silicon Valley.
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