Respirez, mais la méditation n’est pas sans danger
À un moment, Willoughby Britton a eu le sentiment d’être un agent double.
Tout commence en 2004, alors qu’elle est étudiante en doctorat de psychologie clinique à l’université de l’Arizona. Portée par une pratique de la méditation qui frôle la dévotion, elle ambitionne d’utiliser la science pour la promouvoir.
Et c’est ainsi qu’elle “décide de recruter des participants pour mener une étude qui, elle en est certaine, va démontrer que la méditation améliore le sommeil”, retrace le magazine américain The Atlantic.
La jeune femme répartit les participants en deux groupes. Un premier groupe tenu de suivre des cours de méditation pendant huit semaines, et un groupe témoin.
À la fin de l’expérience, elle les réunit tous dans un laboratoire pour une nuit de sommeil. Des capteurs mesurent leurs ondes cérébrales, leur activité musculaire et leurs mouvements oculaires.
Pour faire court : “Le groupe de méditants avait un sommeil plus agité et des réveils plus nombreux que ceux qui ne méditaient pas.”
L’idée que le bouddhisme est une panacée, et que la méditation est toujours bénéfique et sans danger ? Peu à peu, les fondements de la vision du monde de Willoughby Britton s’effondrent.
“L’étudiante en psychologie découvre peu à peu que la méditation, une pratique qui fait vivre une économie de plusieurs milliards de dollars en se présentant comme un traitement contre l’anxiété, les douleurs chroniques, l’alcool et les addictions, et tout un tas d’autres maux, avait parfois, chez certaines personnes, des effets secondaires lourds et durables : dépression, anxiété, voire psychose”, résume The Atlantic.
Rassurez-vous : un nombre croissant d’études scientifiques montrent que la méditation présente de nombreux bienfaits mesurables.
Pour ne citer que les conclusions de quelques-unes : la méditation peut soulager l’anxiété et la dépression, activer les régions cérébrales impliquées dans l’attention et la mémoire ou encore diminuer des douleurs dorsales, faire baisser la tension artérielle, donner une conscience de soi accrue, une meilleure concentration…
Ce que comprend Willoughby Britton, c’est que les risques, pour de multiples raisons, sont l’angle mort des études sur la méditation.
Au terme de dix ans de travaux, elle publie en 2017 une étude menée sur une petite cohorte de 60 méditants et 32 professeurs de méditation.
Elle note que “les effets indésirables les plus répandus, rapportés par 82 % des méditants (tous sélectionnés pour en avoir enregistré au moins un), sont ‘la peur, l’anxiété, la panique ou la paranoïa’”.
L’étude menée par Willoughby présente des limites intrinsèques, nuance The Atlantic, notamment parce qu’il n’est pas possible d’établir un lien de causalité définitif.
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