ÉDITORIAL. Une primaire, pour quoi faire ?
À quoi sert une primaire ? À désigner le candidat à l’élection présidentielle d’un camp qui a l’embarras du choix. Au sens propre du terme. Quand aucune personnalité ne s’impose « naturellement » et que les prétendants sont légion, elle peut être un bon moyen de « trancher ». Voire un bon levier pour lancer ou dynamiser une campagne et récupérer un peu d’argent pour la financer.
La primaire Parti socialiste-Place publique atteindra-t-elle ces trois objectifs ? Rien n’est moins sûr.
Lire aussi : Présidentielle 2027 : qui sont les cinq candidats à la primaire de la gauche ?
Son aire, d’abord, est bien trop rikiki pour réduire le nombre de candidatures à gauche. Limitée à trois partis (PS, Place publique, Gauche républicaine et socialiste), elle n’a rien de la large union à laquelle rêvaient les partisans de feu la primaire Front populaire 2027 . Karim Bouamrane (maire PS de Saint-Ouen, en Seine-Saint-Denis) et François Hollande n’ont pas voulu s’inscrire dans la démarche tandis que François Ruffin et l’homme d’affaires Matthieu Pigasse, qui le désiraient, n’ont pas pu. Aucun de ces quatre-là ne se sentira tenu par les résultats. Pas plus que Fabien Roussel ou Marine Tondelier, qui continueront à dérouler leur bonhomme de chemin en solo. Sans parler de Jean-Luc Mélenchon , qui n’a que faire de l’opération.
Pour ce qui est de donner un coup de fouet à la campagne du futur vainqueur, c’est pas mieux. Trois débats télévisés sont certes programmés, mais le casting passionnera-t-il les foules ? L’idée (reçue) que Raphaël Glucksmann devrait l’emporter aisément sur ses quatre adversaires (Olivier Faure, premier secrétaire du PS ; Emmanuel Maurel, fondateur de GRS, le député PS Jérôme Guedj et l’ex-candidate Ségolène Royal ) n’est pas de nature à doper les audiences. Pire. La mise à l’écart surprise du député PS Philippe Brun ce mercredi matin renforce l’impression que la primaire a été organisée à la va-vite et pourrait faire parler d’elle bien plus pour ses ratés que pour la qualité de ses débats.
Quant à l’argent que générera l’opération… Demander 15 € aux votants qui ne sont pas adhérents des trois partis engagés est un filtre à double tranchant. Pensé pour dissuader des militants d’autres partis de s’immiscer massivement dans le scrutin pour en orienter le résultat, il a surtout persuadé les citoyens que l’affaire est réservée aux seuls adhérents du PS, de Place publique et de la GRS. Si ce sentiment n’est pas corrigé rapidement, le nombre de participants promet d’être très, très en deçà de la primaire « fermée » organisée par le Parti socialiste pour la présidentielle de 2007 (179 000 personnes).
À moins de 100 000 votants, l’apport financier, faute d’inscrits payants, sera particulièrement maigrichon. La légitimité du vainqueur bien faible. Et la prolifération des candidats pas réglée du tout. On voit mal ceux de la droite et du centre choisir de passer par une primaire pour se rassembler si celle des sociaux-démocrates se terminait en eau de boudin…
5News a agrégé ce résumé depuis le flux public du média. L'article complet, avec tout le contexte, est sur www.ouest-france.fr — le contenu appartient à Ouest-France.