Actualité : Linky, vos habitudes de vie désormais collectées sans votre accord préalable
Le boîtier vert installé chez la grande majorité des Français ne se contente pas de compter vos kilowattheures. Le compteur Linky peut enregistrer votre consommation heure par heure, parfois même à la demi-heure près. Cette masse de données porte un nom, la courbe de charge, et elle vient de changer de statut. Un décret publié fin février 2026 autorise en effet Enedis , depuis le 1er mars, à récupérer automatiquement certaines données de consommation, courbe de charge comprise, sans accord préalable de l'abonné. Un basculement qui remet sur la table une question soulevée il y a plus d'une décennie.
Pourquoi cette courbe de charge suscite-t-elle autant d'attention ? Parce qu'en croisant les relevés horaires, il devient possible d'identifier des habitudes très précises. L'heure à laquelle vous vous levez et vous couchez, votre présence ou votre absence du logement, le nombre de personnes qui y vivent, ou encore le volume d'eau chaude consommé. Autant vous dire que le portrait dressé dépasse largement le cadre de la simple facturation. Grâce à la la désagrégation de charge, une technique qui exploite une sorte d'empreinte digitale invisible qui donne à chaque appareil électrique une signature énergétique unique et qui permet de le repérer dans le signal global du foyer. Votre lave-linge, votre chauffe-eau ou votre plaque de cuisson deviennent ainsi lisibles dans les données, chacun avec son profil propre.
Rappelons que le sujet n'a rien de nouveau. Dans une délibération de 2012, la Commission nationale de l'informatique et des libertés reconnaissait déjà que la courbe de charge permettait de déduire de très nombreuses informations relatives à la vie privée des personnes concernées. L'autorité avait alors recommandé d'empêcher toute collecte sur des précisions inférieures à dix minutes, histoire de limiter la finesse du portrait dressé. La CNIL a certes finalement validé le dispositif Linky dans son ensemble, mais sous réserve de mesures de sécurité renforcées. Enedis assure de son côté que les données sont anonymisées avant tout traitement statistique à grande échelle. Le gestionnaire du réseau se veut rassurant, mais force est de constater que le décret de février 2026 déplace le curseur, puisque le consentement préalable de l'abonné ne constitue plus un prérequis à la collecte.
Au-delà de la question du consentement, c'est la destination de ces informations qui interroge. Ces données sur les habitudes des consommateurs sont susceptibles d'être revendues à des acteurs commerciaux, alléchés par la possibilité de cibler leurs offres au plus près de votre mode de vie. Vous l'aurez compris, une courbe de charge bien exploitée vaut de l'or pour qui veut vous vendre un abonnement, un équipement ou un service adapté à vos horaires.
Le passif du secteur n'incite pas à l'insouciance. La CNIL avait par le passé mis en demeure de grands fournisseurs d'énergie pour un recueil du consentement jugé insatisfaisant et une conservation excessive des données.
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