Et si la pollution spatiale empêchait l'exploration
Cet article est extrait du mensuel Sciences et Avenir n°953-954 , daté juillet-août 2026.
Sciences et Avenir : Aujourd'hui, quelle est l'ampleur de la pollution spatiale ?
Christophe Bonnal : Il y a l'équivalent d'une fois et demie la tour Eiffel en termes de masse qui tourne au-dessus de nos têtes. Soit près de 34.000 débris de plus de 10 cm catalogués. La probabilité d'une collision n'est jamais équivalente à zéro. Mais à court terme, pour aller faire de l'exploration spatiale vers la Lune, Mars et au-delà, ce risque est excessivement faible. Pour l'instant, l'espace est infiniment vide.
La pollution se concentre sur les orbites basses, jusqu'à 2000 km d'altitude. Elles sont très utilisées pour l'observation de la Terre, pour les télécommunications, par les constellations. Sur l'orbite la plus encombrée, à 800 km d'altitude, il y a une majorité de petits fragments mais aussi d'anciens satellites et des étages de fusée. Ensuite, vers 20.000 km, nous avons les constellations de satellites de positionnement comme Galileo, avec une densité de débris très faible.
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En dessous de 650 km d'altitude, il y a de l'atmosphère résiduelle. Elle exerce une certaine pression dynamique sur les satellites, un frein, qui entraîne les objets en orbite dans une spirale descendante. Quand vous lâchez un objet à 800 km d'altitude, il est là-haut pour deux siècles. Mais en dessous de 650 km, l'atmosphère nettoie pas mal de ces débris. D'où l'idée de poster ces satellites de mégaconstellation à ces altitudes instables, pour les contraindre à une durée de vie de moins de cinq ans.
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Avec les constellations de minisatellites, le risque de collision n'est-il pas en train d'augmenter ?
En 2026, on a 13.000 satellites actifs en orbite. En 2030, on s'attend à en avoir 100.000, peut-être plus, car chacun y va de sa constellation, Américains, Européens, Chinois… Tous ces opérateurs joueront-ils le jeu du partage d'informations sur les localisations ? Sans échange de paramètres entre Starlink et un opérateur chinois par exemple, il va y avoir un souci de trafic spatial ! Et là- dessus, imaginons une anomalie radiative, une éruption solaire. Un bon nombre de ces satellites pourraient "griller" et entrer en collision, ces collisions généreraient encore plus de débris incontrôlables. C'est la réaction en chaîne nommée syndrome de Kessler. Mais il faut savoir qu'en réalité, ce syndrome est déjà enclenché entre 750 et 1000 km !
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Sur le long terme, la situation peut nous échapper. Nous ne pourrons plus être capables d'explorer l'univers. Et je ne parle même pas d'autres situations, des conflits, impliquant potentiellement des armes antisatellites interdites jusqu'ici par un moratoire.
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