Après la percée du vinyle, le retour en grâce de la cassette audio
La bande magnétique qui se coupe, le son d’une qualité parfois médiocre, la fragilité du support… Pour ceux qui les ont connues, les cassettes rappellent quelques galères techniques néfastes pour l’expérience musicale. Remplacées dans les années 1990 avec l’arrivée du CD, aux capacités sonores supérieures, elles opèrent pourtant un retour en grâce depuis plusieurs années. Au Royaume-Uni, leurs ventes ont triplé sur le premier semestre de 2025, atteignant les 63 000 exemplaires vendus, ce qui représente encore une niche à l’heure actuelle, mais traduit bien une tendance de fond.
En France, le Syndicat national de l’édition phonographique (Snep) ne détaille pas dans ses rapports les chiffres de ventes des cassettes mais un vif regain d’intérêt se fait tout de même sentir, notamment au Club K7, une boutique spécialisée installée dans le 5e arrondissement de Paris. Si le concept de cette échoppe ouverte en 2025 paraît anachronique, son intérieur l’est tout autant. Des peintures rose et bleu fluorescentes colorent les parois, de la musique hip-hop s’échappe d’une des nombreuses radiocassettes disposées sur les étagères, et des centaines de K7 investissent le moindre espace laissé libre. Dans cet espace sorti d’un autre temps, voir une voiture de sport DeLorean débarquer et se garer devant la porte d’entrée n’aurait presque rien d’étonnant !
Pourtant, avec plus d’un millier unités vendues par mois, et sans site Internet, cet ovni commercial semble trouver son public. « Nous avons bien sûr des clients nostalgiques des cassettes, des collectionneurs, mais aussi beaucoup de jeunes qui se plongent dans ce support qu’ils n’ont pas connu », détaille le patron Andreas Aubry. Selon lui, ce qui séduit dans la cassette, outre son prix plus avantageux que celui d’un disque vinyle, ce sont… ses défauts : « C’est un objet qui s’use à chaque utilisation, un vrai support vivant, loin de la perfection numérique d’aujourd’hui. Cette authenticité plaît. »
Aussi, et à l’instar du vinyle quelques années auparavant, la cassette bénéficie du retour à la mode de l’esthétique des années 1980. Un engouement nourri par la « technostalgie », cette attirance pour les usages anciens, et renforcé par des références actuelles de la pop culture. « Les séries comme Stranger Things , ou l’utilisation des cassettes dans le film Les Gardiens de la Galaxie de Marvel ont fortement contribué à la tendance », souligne Erwan Boutigny, maître de conférences en sciences de gestion et du management et spécialisé en musique pop.
Les artistes phares de la scène mondiale s’en sont emparés. Taylor Swift, artiste la plus écoutée aux États-Unis, mais aussi Billie Eilish, The Weeknd, ou Julien Doré en France : tous ont choisi d’ajouter l’encart « cassettes » sur les boutiques en ligne de leurs sites, pour vendre leurs dernières créations sous ce format.
Dans ce goût retrouvé pour l’ancien se cacherait en fait une lassitude face au format numérique.
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