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Migrants à Ceuta: «Certains nous disent: je préfère mourir ici que d'en repartir!»

RFI ·
Migrants à Ceuta: «Certains nous disent: je préfère mourir ici que d'en repartir!»

Les autorités espagnoles ont envoyé des renforts de police à Ceuta, l'enclave espagnole au Maroc, sur fond de rumeurs de nouvelles arrivées de migrants pendant le week-end. À la fin du mois de juillet, 70 000 à 80 000 personnes en avaient franchi la frontière. La plupart sont reparties, à l'exception d'environ 7000 personnes qui se trouveraient toujours sur place selon Maria Jimenez, la porte-parole de l’association Elin qui travaille sur le terrain et décrit leurs conditions de vie désastreuses.

RFI : Les autorités espagnoles avancent des chiffres différents sur la présence de migrants restés à Ceuta. Ils seraient 5000 selon le ministre de l’Intérieur, au moins 8000 selon le dirigeant de Ceuta. Quelles sont vos estimations ?

Maria Jimenez : Il est difficile d’avoir des chiffres officiels car les autorités ne comptent pas le nombre de personnes à Ceuta, ce qui est un problème. Elles ont des estimations mais nous, les ONG, nous travaillons sur le terrain et une partie de notre travail consiste à les enregistrer : noms, pays d’origine, âge, etc., surtout pour les mineurs. Des habitants de la campagne nous aident aussi. Nous estimons qu’il y a environ 4000 mineurs dans l'enclave, surtout aux alentours de la ville de Ceuta, à El Principe ou Los Rosales par exemple. Ce sont les habitants qui nourrissent ces enfants. Ils ont aussi réquisitionné un terrain de football pour que les femmes et les jeunes filles ne dorment pas dans la rue car la municipalité et le gouvernement ne font rien, pas de travail de terrain, quinze jours après les événements. Ils ne fournissent pas de lieu pour permettre à ces personnes de dormir ou d’avoir au moins un repas par jour. En ce qui concerne les mineurs, 300 jeunes filles non accompagnées ont été enregistrées par la police.

Il y a beaucoup de demandeurs d’asile qui viennent de pays comme le Soudan, le Yémen, le Tchad, le Mali, l’Égypte. Nous estimons leur nombre à 3500. C’est un chiffre fourni par la Croix Rouge espagnole qui va chaque soir sur la plage pour fournir un repas par jour et par personne. Grâce au nombre de repas distribués, nous pouvons donc avoir ce chiffre.

Au total, nous avons recensé environ 7000 migrants à Ceuta, sans compter ceux qui se cachent dans les bois ou ailleurs.

À lire aussi Ceuta: ce que cachent les appels à traverser la frontière le 15 août

Il est très important de comprendre qu'une importante partie d'entre eux a un profil de demandeurs d'asile. Depuis qu'ils sont arrivés à Ceuta, ils nous disent d'ailleurs : « Je préfère mourir ici que de retourner au Maroc . Ma vie est en danger si je retourne au Maroc ». Certains ont fui des pays en conflit comme le Soudan ou la Palestine et cela leur a pris des mois, voire des années, pour arriver ici.

Il faut donc vraiment faire la différence entre les gens qui ont traversé la frontière en venant du Maroc et qui peuvent retourner dans leur pays, et ceux qui ont souffert pendant des années pour pouvoir arriver dans l'enclave. Il est très important de protéger ces vies en suivant toutes les procédures légales, en voyant ce qu'il faut faire au cas par cas.

Vous dites que les autorités ne font pas assez pour ces migrants.

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