Les lieux de pouvoir: à Ramallah, la Muqata'a, un centre du pouvoir chargé d'histoire [9/10]
La fabrique du monde Les lieux de pouvoir: à Ramallah, la Muqata'a, un centre du pouvoir chargé d'histoire [9/10] Publié le : 27/08/2026 - 08:42
Écouter - 03:11 Suite de notre série sur les lieux de pouvoir dans le monde. Direction Ramallah, dans la Muqata'a, un lieu chargé d'histoire. Appelée aussi le complexe d’Arafat, la Muqata'a est devenue le centre du pouvoir palestinien, un pouvoir aujourd’hui isolé, mais la Muqata'a reste le lieu où se prennent les décisions politiques depuis les accords d’Oslo dans les années 1990.
D’un point de vue architectural, les bâtiments sont liés à l’histoire palestinienne. À l’époque du mandat britannique dans les années 1930, la Muqata'a était un fort. Elle est devenue un centre administratif sous l’autorité des Jordaniens. Durant l’occupation israélienne, les bâtiments ont été utilisés comme base militaire et centre de détention. C'est en 1996 que Yasser Arafat s’y installe.
Construit avec des pierres blanches, le complexe se veut le reflet de l’identité palestinienne. Des extensions d’un style plus contemporain ont été ajoutées au fil des années. On y trouve désormais des bureaux, des salles de réunion, des espaces de réception. L’image de Yasser Arafat est omniprésente avec notamment le mausolée du premier président palestinien, chef de l'Organisation de libération de la Palestine, l'OLP.
Le siège de la Muqata'a a duré plus de deux ans et demi, à partir de 2002 lors de la seconde intifada. L'armée israélienne décide alors d'attaquer la Muqata'a pour répondre, dit-elle, aux attentats-suicides.
Mustafa Barghouti , un homme politique palestinien, se souvient très bien de cette période : il était au plus près des événements : « Il ne faut pas oublier que la Muqata'a a été attaquée et détruite en grande partie par l’armée israélienne en 2002. Ils assiégeaient le président et nous, la société civile, nous étions là avec des volontaires internationaux pour former un bouclier humain pour protéger Arafat, le président » .
Les bâtiments en partie détruits en 2002 sont laissés en l’état, avec des murs criblés d’impacts de balles. Le mémorial rappelle les violences subies. Après la mort de Yasser Arafat en 2004, la direction palestinienne a décidé que le leader décédé serait « temporairement » inhumé dans le complexe de la Muqata'a, en attendant la création d’un État palestinien et le transfert du corps à Jérusalem .
Aujourd'hui, la Muqata'a est fonctionnelle, mais sécurisée, avec des enceintes fortifiées et des accès très contrôlés. Le bureau du président Mahmoud Abbas se situe au centre du complexe.
« Ça fait longtemps que je n’y suis pas allé. L'opposition palestinienne n’y est pas invitée. Dans ce pays, le pouvoir est au quartier général de l’armée israélienne. C’est là qu’est le vrai pouvoir », déplore Mustafa Barghouti.
À Ramallah , la Muqata'a incarne aujourd’hui un pouvoir affaibli, mais sans partage. Le lieu reste toutefois le symbole de la résistance des Palestiniens et de leur aspiration à un État indépendant.
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