« Pesticides », la BD qui raconte le combat d’une toxicologue sur les cancers d’enfants
« Pesticides, leurs ravages sur la santé des enfants » évoque les vingt-cinq cas de cancers d’enfants autour de Sainte-Pazanne entre 2015 et 2021, l’incompréhension des parents et leur combat face à l’absence de réponse des autorités. Pourquoi une bande dessinée sur ce sujet aussi douloureux ?
Les connaissances scientifiques ne servent pas beaucoup si elles ne sont pas médiatisées. Depuis vingt ans, on a des connaissances sur les liens entre les maladies congénitales, les cancers, les expositions aux pesticides. Mais ça ne change pas la façon dont les problématiques sont gérées. Par frustration, un peu par colère, je réfléchissais à la façon de rendre cela accessible, pour alerter autrement. C’est alors que l’éditrice m’a proposé ce projet, avec la dessinatrice Marguerite Boutrolle.
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Selon vous, 90 à 95 % des cancers sont liés à des expositions : polluants, pesticides, solvants, air, eau, alimentation. Comment est venue l’idée, pour le faire comprendre, de ce dessin d’usine à gaz page 43 ?
C’est ce que j’appelle la production de doute. Lorsqu’on y a réfléchi, l’expression qui m’est venue spontanément pour expliquer, c’est « usine à gaz ». La dessinatrice Margueritte Boutrolle a rendu ce phénomène très visuel. La littérature de l’histoire des sciences existe. Mais la machine nous échappe, contribue à faire ignorer les réelles causes qui pourraient expliquer 90 à 95 % des cancers. Les connaissances sont broyées par un système, qui fait qu’à la fin on se dit, le cancer, c’est peut-être du hasard.
Concernant le foyer de cancers pédiatriques autour de Saint-Pazanne, que permettent de conclure les connaissances scientifiques actuelles, selon vous ?
Nous l’avons illustré avec un « éléphant dans la pièce » sur deux pages. À l’école de Sainte-Pazanne, on a trouvé du radon, des pesticides, des ondes électromagnétiques… Pour chaque facteur, on a des connaissances scientifiques avérées, des liens possibles avec le cancer. On ne peut pas, comme je pourrais le faire dans mon laboratoire avec des rats ou des souris, exposer des enfants d’un côté et un groupe témoin de l’autre. On n’a pas accès à la preuve directe qui permettrait de dire que tel enfant est exposé à tel ou tel produit, ce qui expliquerait sa maladie. Mais on a des faisceaux d’éléments. L’école se trouve dans un petit périmètre avec un cumul maximum de facteurs cancérigènes. Certes, la pollution est partout. Mais il y a des endroits où c’est pire que tout.
Pourquoi avez-vous décidé de vous intéresser à la toxicologie, puis au cancer ?
Jusqu’à ma terminale, je voulais être journaliste. Trois de mes grands-parents, ainsi qu’une grand-tante, sont décédés de cancers. Je me suis dit, de façon très naïve, du haut de mes 17 ans , qu’il fallait arrêter cela. J’ai fait ma thèse à Rennes sur les liens entre exposition aux hydrocarbures et cancers du foie.
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