Quarante ans en prison : ces détenus laissés dans l’ombre, parfois jusqu’à l’oubli
« Des animaux dangereux qu’il faut éliminer. » Ainsi s’exprime l’avocat général, devant les assises de la Somme en juillet 1979, à l’encontre de Jean-Yves Defosse et Michel Cardon. Deux ans avant l’abolition de la peine de mort en France, le magistrat requiert que la guillotine s’abatte sur ces deux accusés de 31 et 28 ans.
Ces deux-là, alcooliques, avaient commis le pire dans la nuit du 25 au 26 octobre 1977, à Amiens (Somme) : ils avaient frappé à mort un retraité handicapé, René Roullet, pour lui soustraire ses économies. 8 500 francs qu’ils n’avaient même pas trouvés sous le matelas. Au procès, non sans mal, les quatre avocats de la défense évitent pourtant à leurs clients d’avoir la tête tranchée. A la place, ce sera la prison à perpétuité.
A l’époque, il n’existe pas de peine de sûreté, cette période durant laquelle le condamné ne peut être libéré. Jusqu’à vingt-deux ans, aujourd’hui, pour les crimes les plus graves. Un temps très long, forcément, lorsqu’il s’agit de le passer dans une cellule d’à peine dix mètres carrés. Mais une période qui, paradoxalement, fixe une date et entretient l’espoir d’une possible porte de sortie pour ceux qui ont pris « perpète ».
Rien de tout cela pour Jean-Yves Defosse et Michel Cardon. Quand ces deux-là sont condamnés en 1979, Valéry Giscard d’Estaing est président de la République, Raymond Barre son premier ministre, Sony lance son baladeur et la Simca Horizon est...
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