Nutergia, groupe Nicollin, Visionix : ces pépites de nos régions qui basculent une à une sous le contrôle de fonds étrangers
Jamais autant de sociétés hexagonales de plus de 250 salariés ne sont passées sous pavillon étranger que depuis le début de cette année. Une question de souveraineté se pose.
Il vaut mieux faire envie que pitié ! Depuis le début de l’année, au moins 16 entreprises de taille intermédiaire (ETI) françaises, ces sociétés employant entre 250 et 5 000 salariés, sont passées sous pavillon étranger. Pour le seul deuxième trimestre, le Mouvement des entreprises de taille intermédiaire (METI) a recensé 21 rachats, dont « plus de la moitié sont le fait d’acquéreurs étrangers, de huit nationalités différentes » . L’accélération est nette au regard des données historiques. « Dans notre étude menée sur la période 2007-2024, la part des entreprises françaises acquises par des capitaux étrangers est de 25 % », rappelle Edith Ginglinger, professeure de finance à l’université Paris Dauphine-PSL et codirectrice scientifique de la chaire Entreprises familiales et investissement de long terme.
Industrie, service, distribution, logiciel… Tous les secteurs sont concernés. L’ETI ophtalmologique Visionix (600 salariés) a été rachetée par le groupe finlandais Revenio ; le distributeur de froid Le Froid Pecomark (260 salariés), repris par le groupe belge Ipcom ; le laboratoire de compléments alimentaires aveyronnais Nutergia (380 salariés, 100 millions d’euros de chiffre d’affaires), passé sous contrôle majoritaire du fonds britannique 3i Group… Sans compter les annonces, au troisième trimestre, des négociations exclusives engagées par la famille Nicollin pour la cession de son groupe de collecte et gestion des déchets Nicollin Environnement (4500 salariés) au fonds américain Morgan Stanley Investissement Management, et celles entamées par le fonds français Eurazeo avec son homologue suisse Partners Group pour la prise des 80 % du capital qu’elle détient au sein de la société cosmétique vauclusienne Aroma Zone .
Loin de ces cas particuliers, Hubert Preschez, responsable fusion-acquisition chez Oddo BHF fait état d’une ambiance générale : « Certains candidats potentiels à l’élection présidentielle ont fait peser une incertitude sur le pacte Dutreil, qui permet aux sociétés familiales d’être transmises dans un cadre fiscal particulier. Cette incertitude est un facteur qui peut ne pas engager un entrepreneur sur la voie d’une transmission à la génération suivante mais aussi, dans un cas plus extrême, devenir un sujet d’expatriation en vendant le groupe. Or, si le sujet est assez attendu en période préélectorale, il est cette année encore plus prégnant que d’habitude. » Du côté du fonds britannique 3i Group, on relève que la démographie combinée à un changement de comportement des entrepreneurs joue en faveur de la tendance constatée : « Les entrepreneurs n’entendent plus forcément conserver leurs entreprises jusqu’à la fin de leur vie. Ils vendent parfois très tôt, ce qui ne joue pas en faveur d’une transmission familiale.
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