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Technologie

Les géants de l’IA veulent ralentir mais le droit de la concurrence pourrait les rattraper

Clubic ·
Les géants de l’IA veulent ralentir mais le droit de la concurrence pourrait les rattraper

OpenAI et Anthropic ont annoncé vouloir ralentir le développement de leurs modèles pour renforcer la sécurité. Aux États-Unis, des spécialistes du droit de la concurrence redoutent que ce ralentissement collectif ne soit une entente illicite entre concurrents.

On pourra dire que cette affaire aura été la saga de l'été. On a finalement appris que les agents d' OpenAI s'étaient organisés en essaim pour pirater Hugging Face et un chercheur d'Anthropic a démissionné en dénonçant les risques d'une IA hors de contrôle. Plusieurs dirigeants du secteur ont ensuite réclamé un ralentissement coordonné du développement des modèles les plus puissants.

Mais le Sherman Act, texte fondateur du droit de la concurrence américain, interdit aux entreprises rivales toute entente qui réduit la production commune d'un secteur. Pour des juristes spécialisés, la formulation choisie par les laboratoires pourrait leur coûter cher sur le plan réglementaire.

« Je pense qu'ils se sont mis dans une impasse avec la façon dont ils formulent les choses », observe John Bergmayer, conseiller juridique de l'association Public Knowledge. Pour lui, les économistes de la concurrence regardent d'abord si un accord réduit la production, plutôt que l'intention affichée derrière ce ralentissement. Les laboratoires auraient pu, à la place, insister sur l'élaboration commune de protocoles de sécurité. Le ralentissement des publications aurait alors été une simple conséquence de cette collaboration.

Mark Zuckerberg, P.-D.G de Meta, a réagi à cet appel sans pour autant l'approuver . Il a plutôt défendu l'idée que les laboratoires ont une forte incitation à corriger eux-mêmes le comportement de leurs modèles, sous peine de prendre du retard face à des consommateurs qui n'achèteront jamais un produit dangereux. Pour lui, renoncer à fabriquer de meilleures voitures n'a rien à voir avec refuser d'en vendre de plus rapides tant que leur sécurité n'est pas maîtrisée.

David Lawrence est ancien directeur des politiques de la division antitrust du ministère de la Justice. Il a publié sur LinkedIn que les accords qui préviennent un risque catastrophique augmentent la production et favorisent la concurrence , et qu'ils sont protégés par la doctrine des restrictions accessoires. Pour Roger Alford, professeur à la faculté de droit de Notre Dame et ancien numéro deux de la division antitrust du ministère de la Justice, un accord collectif pour ne pas déployer de mesures de sécurité pourrait au contraire exposer les laboratoires à des accusations de manipulation de la qualité, une pratique par laquelle des entreprises concurrentes conviennent de ne pas améliorer leurs produits.

Dans l'automobile, la Commission européenne a sanctionné des constructeurs qui avaient collaboré sur des technologies de réduction des émissions, puis convenu de ne pas dépasser les exigences légales. Cette entente leur a coûté environ un milliard de dollars d'amende.

Le risque d'une enquête qui pourrait durer des années David Sacks, coprésident du Conseil des conseillers scientifiques et technologiques du président des États-Unis, a accusé Anthropic et OpenAI de former un duopole.

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