"Paradise" : un premier film mystérieux, entre le Canada et le Ghana
Le réalisateur québécois Jérémy Comte s'était fait connaître en 2019 par un premier court-métrage, "Fauve", nommé aux Oscars.
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C'est un premier long-métrage dont il ne faut pas trop dévoiler le cœur, car Paradise , en salles mercredi 19 août, se plaît à piéger son spectateur comme se retrouvent piégés ses personnages. Réalisé par le Canadien Jérémy Comte, et coécrit avec son ami Will Niava, originaire du Ghana, ce film effectue des allers-retours entre les deux pays.
On y suit les histoires parallèles de deux adolescents. Le premier, c'est Kojo, jeune Ghanéen, fils de pêcheur, obligé de ruser pour trouver de l'argent. Alors que son père disparaît en mer, Kojo, qui regarde avec envie les riches gangs qui lancent par poignées des billets dans les rues, traverse une période d'errance.
Le second vit de l'autre côté de la planète, dans une petite ville du Québec. Tony enchaîne les petits boulots, erre lui aussi avec ses amis dans la zone grise entre l'adolescence et la vie adulte. Il regorge de doutes et d'angoisse, comme Kojo, il cherche sa voie, plus que la stabilité. Tony habite avec sa mère dans une petite maison de banlieue. Il n'a jamais connu son père, mais elle semble entretenir une intense conversation amoureuse avec un homme sur Messenger. Tony se demande s'il pourrait s'agir de son géniteur.
Paradise est construit en trois parties distinctes. La première établit les deux environnements, le Québec et le Ghana. Deux colorimétries, l'une automnale, grise et orange, l'autre humide et chaude, plus sableuse. Et deux ensembles, un fils et sa mère, un fils et son père, qui semblent sur le point d'imploser.
Sans jamais être en interaction, Tony et Kojo vivent en symétrie leur isolement. Deux scènes interposées les montrent en train de partager un joint avec leurs amis, mais leurs tourments intérieurs semblent les rendre plus seuls que jamais. La caméra parvient à les isoler et fixe le visage des deux excellents jeunes acteurs, dont c'est le premier rôle pour tous les deux : Joey Boivin-Desmeules et Daniel Atsu Hukporti.
À la fin de son premier tiers, Paradise bascule vers le drame – le deuxième temps du film – et tout s'accélère afin de courir vers une troisième partie au ton d'un thriller policier. C'est une magnifique scène de rêve – un chalutier s'enflamme dans une mer sombre comme la nuit – qui marque, à chaque fois, le passage d'une partie à l'autre.
Jérémy Comte s'est servi d'une démarche quasi-journalistique dans son approche de la société ghanéenne en amont du tournage du film, appuyé de l'expérience de son coscénariste Will Niava. Cela n'empêche pas le réalisateur d'entretenir avec soin une ambiance mystérieuse et onirique. Jérémy Comte parvient à capter une lumière qui vient dessiner chacun de ses personnages tel un halo, donnant une impression surréaliste de rêve éveillé.
Le tout traduit le message en filigrane que transporte Paradise : mensonge et réalité se discernent difficilement quand on est aveuglé par ses désirs. Cet aveuglement, lui, vient de la tristesse et du désespoir.
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