Project OT : le plan de Meta pour remplacer ses équipes par l'IA a déraillé
Des documents internes consultés par Reuters racontent Project OT, le chantier secret de Meta pour bâtir une entreprise pilotée par l'IA. Entre fronde des salariés et gains introuvables, la mécanique s'est grippée en quelques mois.
En janvier dernier, Mark Zuckerberg réunissait ses lieutenants dans sa propriété d'Hawaï pour la traditionnelle retraite de direction. C'est là qu'est né Project OT, un plan de réorganisation d'ampleur que Reuters vient de documenter grâce à des dizaines de documents internes et plus de vingt témoignages. Meta en a confirmé l'existence, tout en nuançant sa portée.
Derrière l'acronyme OT, pour Organization Transformation, se cache une ambition assumée : faire de Meta une entreprise « AI native », où les agents d'intelligence artificielle absorbent une partie du travail quotidien. Un manuel interne détaillait la cible, avec des cellules de trois à cinq personnes en remplacement des équipes classiques de dix à vingt spécialistes, et des titres traditionnels fondus dans un rôle générique de « bâtisseur ».
Les exercices de planification exploraient des coupes allant jusqu'à 60 % des effectifs de certaines équipes, entre licenciements, gels de postes et départs de salariés jugés peu performants. Meta précise que ces scénarios concernaient des unités ciblées, l'effectif global n'ayant jamais été visé dans ces proportions. La restructuration devait se dérouler en deux vagues, une première en mai, une seconde en novembre.
À découvrir Block (Jack Dorsey) ouvre la voie : quand l'IA devient le prétexte idéal pour licencier 09 mars 2026 à 12h13 News Le soir du 19 mai, quelques heures avant le déclenchement de la première salve, Zuckerberg a enterré la seconde. La purge du lendemain a tout de même emporté environ 10 % des effectifs, dans une ambiance interne déjà électrique . Reuters n'a pas pu établir ce qui a précisément motivé ce revirement nocturne.
Les données internes offrent pourtant quelques indices. Sur un an, les modifications de code sur les plateformes de Meta ont bondi de 220 %, quand les changements aboutissant à des fonctionnalités visibles pour les utilisateurs n'ont progressé que de 36 %. Une cuisine qui triple ses commandes de farine sans envoyer beaucoup plus d'assiettes en salle, en quelque sorte. Dès le mois de mars, les équipes d'infrastructure signalaient en prime des problèmes de fiabilité liés à cette avalanche de code généré.
Le facteur humain a pesé tout autant. Le baromètre interne semestriel est passé de 74 % à 55 % d'opinions favorables, et les salariés ont inondé Workplace d'images d'éléphants, façon de moquer ces licenciements dont personne ne parlait officiellement. Le logiciel maison qui enregistrait frappes clavier et mouvements de souris pour entraîner les agents a fini en pause, et certains ingénieurs transférés de force ont pu regagner leur équipe d'origine.
Le scénario rappelle furieusement celui de Klarna. La fintech suédoise avait confié son service client à un chatbot avant de réembaucher des humains en 2025, son patron reconnaissant avoir sous-estimé ce qu'il avait à perdre.
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