"L'IA sera la bombe atomique du XXIe siècle": comment les États-Unis et la Chine se livrent une nouvelle guerre froide technologique
Dans la course mondiale sur l'IA, deux blocs commencent à se former. L'Organisation mondiale de coopération en matière d'intelligence artificielle, portée par la Chine, et la Pax Silica, portée par les États-Unis, se livrent déjà une nouvelle guerre froide technologique qui pourrait bien définir le XXIe siècle. Une poignée de main vaut parfois mieux que mille mots, surtout en diplomatie. Lors du sommet de l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS), à Bichkek, au Kirghizistan, Vladimir Poutine a proposé à Xi Jinping d'unir leurs forces dans l'innovation numérique et l'intelligence artificielle. Un rapprochement qui traduit la volonté de Moscou et Pékin de renforcer leur souveraineté technologique et de réduire leur dépendance aux technologies occidentales, dans un secteur désormais stratégique sur les plans économique et militaire.
Sur le front de l'intelligence artificielle, de véritables blocs commencent ainsi à se dessiner. Comme durant la guerre froide, lorsque Washington et Moscou s'affrontaient pour imposer leur modèle politique, les États-Unis et la Chine se livrent aujourd'hui une compétition acharnée pour prendre le leadership dans l'IA.
La comparaison s'arrête toutefois là: cette nouvelle confrontation ne repose pas seulement sur des considérations idéologiques, mais aussi sur le contrôle des semi-conducteurs, des infrastructures informatiques, des données et des modèles d'IA. "On parle du leadership mondial pour les 100 prochaines années", estime Sébastien Garnault, spécialiste des questions de souveraineté numérique et des affaires transatlantiques.
Car Pékin a rapidement rattrapé une partie de son retard. Si les modèles américains restent largement dominants en France et dans une grande partie du monde occidental, les IA chinoises ne sont désormais plus de simples alternatives. Nombreuses, performantes et souvent proposées à moindre coût, elles gagnent progressivement du terrain à l'international.
La Chine défend notamment une approche fondée sur des modèles plus ouverts et optimisés pour fonctionner avec moins de ressources informatiques, permettant à ses entreprises de contourner certaines contraintes imposées par les restrictions américaines sur les semi-conducteurs.
Derrière cette course technologique se cache surtout une différence de vision. Les États-Unis s'appuient largement sur leurs géants privés, des investissements colossaux et une course à la puissance de calcul pour développer des modèles toujours plus performants. La Chine, elle, mise davantage sur la planification étatique, la coordination entre entreprises et pouvoirs publics et le développement de modèles ouverts et peu coûteux.
Pékin cherche également à imposer sa propre vision de la gouvernance de l'IA. Moscou a ainsi apporté son soutien à la gouvernace mondiale de l'IA portée par le président chinois, à travers une organisation lancée par la Chine pour promouvoir une coopération internationale alternative aux standards et régulations largement façonnés par les pays occidentaux. "La Chine a raté le tournant de la machine à vapeur au XVIIIe siècle...
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