Selon Anthropic, les plombiers et électriciens pourraient être les grands gagnants de l’IA
Le créateur de Claude a modélisé l’économie américaine de 2030 : dans tous les cas, le pays s’enrichit. Pour les diplômés derrière un écran, c’est une autre histoire. Et les prophéties de son propre PDG y laissent des plumes.
Les études qui promettent la fin du travail, vous en avez probablement croisé une par semaine depuis deux ans. Celle-ci a une particularité : elle vient d’ Anthropic , l’entreprise qui vend précisément l’automatisation qu’elle modélise. Son tout jeune Anthropic Institute a publié cette semaine « Scenarios for our Economic Future », trois scénarios chiffrés pour l’économie américaine d’ici 2030. Le tout accompagné d’un rapport technique relu par 18 économistes et d’un simulateur où chacun peut régler ses propres hypothèses.
La méthode consiste à découper chaque métier en une pile de tâches, un peu comme une fiche de poste transformée en liste de courses (l’IA en raye certaines, en accélère d’autres, en ajoute parfois). En agrégeant le tout à l’échelle des États-Unis, le modèle développé avec les économistes Anton Korinek et Chad Jones débouche sur trois trajectoires possibles.
Dans le scénario modeste, l’IA fait à peu près aussi bien qu’Internet en son temps : 1,6 % de PIB supplémentaire d’ici 2030, un chômage dans les normes, des salaires qui progressent doucement. Le scénario intermédiaire confie à la machine la moitié des tâches intellectuelles du pays : la croissance annuelle double et le chômage grimpe vers 5 %. Près de quatre cols blancs sur dix changent alors de métier, pendant que leurs salaires font du surplace.
Reste le scénario extrême, celui où des IA capables de s’améliorer elles-mêmes surclassent l’humain sur la grande majorité des tâches intellectuelles. Le PIB américain bondirait de 32 % pour atteindre 44 400 milliards de dollars , porté par une croissance de 15 % par an (l’économie doublerait tous les quatre ans et demi, du jamais-vu). La facture sociale suit la même pente : près d’un travailleur intellectuel sur cinq au chômage et des salaires cognitifs inférieurs de 11,5 % à leur trajectoire sans IA. La part du travail dans la richesse nationale, elle, fondrait de 60 à 45 % (le capital, comme souvent, s’en sort très bien).
Et les plombiers, dans tout ça ? Le modèle prévoit l’inverse pour les métiers manuels : électriciens, soudeurs et artisans voient la demande et les salaires progresser dans les scénarios les plus agressifs, l’IA ne posant toujours pas de tuyaux ( pas encore, en tout cas ). Un sondage mené en parallèle auprès de plus de 10 000 Américains montre que le répondant type mise sur le scénario intermédiaire ; un sur dix seulement croit à la version extrême.
Ce panorama prend une saveur particulière quand on se souvient des sorties de Dario Amodei. En mai 2025, le patron d’Anthropic prédisait dans Axios la disparition possible de la moitié des emplois de bureau débutants et un chômage de 10 à 20 % d’ici cinq ans . De quoi provoquer, à l’époque, quelques sueurs froides dans les services RH.
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