Dans l’atelier d’écriture du Camerounais Marc-Alexandre Oho Bambe
Marc Alexandre Oho Bambe, plus connu sous le nom de « Capitaine Alexandre », est poète, romancier, slammeur. Il est l’auteur de plusieurs recueils de poésie, mais aussi de romans, de livres graphiques et de photographies. Dans son nouveau recueil de poèmes intitulé Poèmes de plein jour et mots mantras pour traverser la nuit , il nous invite à habiter poétiquement le monde, au cœur de ses drames et de ses ténèbres.
« J’écris pour les naufragés, les condamnés, les exilés, les oubliés, les sans nom, sans-ronds, sans-abri, sans-papiers, et sans-voix, les damnés de la terre, les innocents jugés coupables d’aimer la vie et l’amour, les romantiques, les utopistes et les rêveurs acharnés, extrémistes de la beauté, ces gens-là qui refusent de mettre leurs cœurs en berne, ces gens-là qui se ressemblent et parfois s’assemblent, ces gens-là qui savent où se situe le polemos , le seul vrai combat à mener, pour nous-mêmes, c’est-à-dire aussi, contre nous-mêmes. »
Voici ce qu’écrivait le poète Marc-Alexandre Oho Bambe dans une tribune publiée il y a dix ans. Depuis, l’homme n’a pas changé de philosophie ni de destination, comme en témoigne son nouveau recueil de poésies qu’il vient de publier aux éditions Mémoire d’encrier.
Poèmes de plein jour et mots mantras pour traverser la nuit est un recueil dans lequel résonnent la colère, la révolte et l’invitation du muezzin appelant les fidèles comme les infidèles à se préparer pour combattre les ténèbres. « La nuit », c’est une allusion, on l’aura compris, aux probables conséquences de la victoire annoncée de l’extrême-droite à la prochaine présidentielle française. Il faut s’y préparer d’ores et déjà car « n ous sommes entrés dans une époque incertaine où, comme le disait Édouard Glissant, « de vieilles ombres nous fixent sans trembler », confie le poète. Pour ce dernier, en ces temps d’incertitude, la mission de la poésie est de semer dans les esprits « des graines de résistance et d’espérance aussi ». Tel est d’ailleurs l’objectif de son nouvel opus qui appelle ses lecteurs à résister : « Et quand le monde est nuit, sois jour/ Soleil dans l’obscurité, luis ! / De toutes tes forces et tes faiblesses, luis ! / Dans les faubourgs de l’éternité, lui ! / En dépit du chaos et de la violence, luis ! »
Poète, slammeur et romancier, Marc Alexandre Oho Bambe est, selon ses propres dires, tombé dans la poésie à l’enfance, tout comme le petit Obélix tombé dans la fameuse marmite de potion magique. L'écrivain franco-camerounais a souvent raconté que sa vocation littéraire est née à la lecture du Cahier d’un retour au pays natal , épopée fondatrice du mouvement de la négritude que l’écrivain connaît par cœur.
En effet, c’est à Douala, dans la maison de ses parents, que le poète a découvert, petit garçon, la parole tellurique du « Nègre fondamental ». « Césaire a été une claque formidable , se souvient-il. Il y avait quelque chose dans le Cahier d’un retour au pays natal qui fait que ce n’est pas seulement un livre. D’ailleurs, ce n’est pas un livre, c’est du feu qui vous brûle en fait. Ce texte m’a bouleversé. Je ne comprenais pas tout, mais je savais que ma vie ne serait pas la même à la fin de ma lecture.
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