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"Histoires de la nuit" - le livre, l'écran et la peur

France Culture ·
"Histoires de la nuit" - le livre, l'écran et la peur

La réalisatrice Léa Mysius adapte au cinéma un grand roman terrifiant de Laurent Mauvignier, une histoire d'intrusion dans une famille française rurale. Projet risqué tant la fascination que crée le livre paraît spécifiquement littéraire.

Histoires de la nuit s’appelle le livre, c’est celui que le gagnant en titre du Goncourt a fait paraître avant La Maison Vide , en 2020, un gros livre passionnant et très mystérieux, racontant l’intrusion dans un petit hameau français de quelques hommes le temps d’une soirée et d’une nuit - un livre haletant de suspense, particulièrement angoissant et excitant, dont je me souviens très bien m’être dit l’été où je l’ai dévoré : il y a là quelque chose d’hyper cinématographique, et en même temps, précisément et bizarrement pour cette raison, ce serait sans doute une mauvaise idée. Alors il se trouve que six années après la sortie du roman, ce film signé Léa Mysius tient plutôt la route, mais probablement parce qu’il n’est pas vraiment une adaptation d’ Histoires de la nuit .

Le film commence par planter le décor quasi unique de cette histoire : deux maisons de pierre qui se font face dans une campagne absolument isolée, à des kilomètres de la ville. Dans l’une d’entre elle, transformée en atelier doublé d’un loft moderne et largement vitré, vit et travaille une peintre, Cristina, interprétée par Monica Bellucci, qui semble en crise d’inspiration, et s’apprête à envoyer dans une galerie qui ne les vend plus une dernière toile presqu’entièrement recouverte de noir. Chaque après-midi, elle accueille la petite fille du couple qui habite en face, une certaine Ida, gamine rebelle, qui vient y prendre son goûter, dessiner, et caresser le chien. C’est que ses parents travaillent beaucoup : Thomas (c’est Bastien Bouillon) se bat pour préserver l’élevage laitier familial, malgré les factures qui s’accumulent. Sa femme Nora (interprétée par Hafisa Herzi) rentre souvent la nuit, après sa journée de travail dans un cabinet d’urbanisme où elle espère une promotion. C’est une famille ordinaire, qui semble aimante mais grevée par les soucis financiers et quelques petits mensonges. Un après-midi, alors que Cristina guette sur le pas de la porte la venue de sa petite protégée, c’est un inconnu qui se présente - soi-disant pour visiter une maison à vendre. Il est vite rejoint par deux autres hommes, dont l’un est joué par Benoît Magimel - ils se disent frères. De plus en plus menaçants, ils s’intéressent particulièrement à la famille qui vit en face. Pour ce petit monde, la nuit va être longue.

La réalisatrice vient du cinéma de genre, et ce qu’elle reprend du livre et sans doute à raison, c’est l’unité de temps et l’unité de lieu, ce qui rend le film très efficace. Tout ou presque se déroule donc dans ces deux maisons qui se font face, en une nuit, avec ces allers-et-retours entre les lieux, les jeux de miroirs et de transparence que permettent les fenêtres, tout ce dispositif qui assure le suspense du film. En revanche, ce qu’il n’est pas vraiment possible de rendre à l’image, c’est le mystère qui préside à ce suspense.

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