Maisons d’artiste : pour une histoire de l’art au présent 1/5 : Au Pays de Courbet : un regard sur le vivant en héritage
Direction le Pays de Courbet, à Ornans (Doubs), ville natale et refuge du peintre tout au long de sa vie. Quatre sites retracent aujourd'hui son histoire. Ce sont aussi des paysages immortalisés par Courbet que l'on retrouve. Comment de jeunes créateurs font-ils revivre ce berceau du réalisme ?
"Ces sous-bois, c'est mon pays, cette rivière, c'est la Loue ; allez-y voir, et vous verrez mon tableau", affirme Gustave Courbet , évoquant le paysage qui entoure Ornans. C'est au cœur de ces falaises calcaires, caractéristiques du département du Doubs, que le peintre naît le 10 juin 1819. Tout au long de sa vie, il porte cette ville d'Ornans en étendard . Dans cette vallée de la Loue, quelles traces restent-il aujourd'hui de Courbet ? De son premier atelier installé par son père dans le grenier de ses grands-parents, à la ferme familiale à Flagey, nombreux sont les sites qui témoignent du fort ancrage de Courbet dans sa région natale. Benjamin Foudral est aujourd'hui le directeur-conservateur à la tête de ce vaste pôle. Comment entrer en dialogue avec ce géant de la peinture ? Quelle œuvre créer ? Chaque année, de jeunes créateurs accueillis pour une résidence de dix semaines, se posent ces questions.
En cette année 2026, l'artiste d'origine belge Paolo Boosten a été accueilli à l'atelier de Courbet pour concevoir une œuvre. Versatiles Résurgences , c'est ainsi qu'il a nommé son installation picturale créée sur mesure pour la ferme familiale de Flagey, à quelques kilomètres d'Ornans. Il s'agit d'une vague de papier de 20 mètres de long. Derrière cette vague monumentale, on peut y lire un clin d'œil aux nombreux vagues normandes peintes par Courbet. C'est aussi un dialogue avec le lieu d'installation, qu'a voulu tisser l'artiste : "La forme de la vague [...], elle est aussi apparue par l'espace lui-même" , affirme Paolo Boosten. Cette vague traverse l'espace, et nous emporte...
Pour concevoir cette installation, Paolo Boosten a employé un papier coréen, le papier hanji. Important marqueur culturel, ce matériau est omniprésent dans la vie quotidienne des Coréens - de la fabrication de leurs chaussures à celle de leur mobilier. Paolo Boosten découvre celui-ci en 2024 lors d'une résidence. Par l'emploi du papier hanji pour son installation à la ferme familiale de Courbet, l'artiste crée un dialogue étonnant entre héritage européen et asiatique.
Paolo Boosten s'est aussi penché sur le bestiaire de Courbet. Sur cette vague, on retrouve la truite, le renard ou encore le chien peints par le maître du réalisme. Mais toutes ces citations de Courbet trouvent sur cette vague une nouvelle échelle. "Il y a des animaux qui sont peints peut-être de manière plus grande que les êtres humains, ou des animaux qui normalement seraient très petits par rapport à d'autres" , explique l'artiste. Le gigantisme de cette installation appelle à questionner notre rapport aux animaux – et plus largement, au vivant. "C'est une manière de remettre toutes les choses à une même hauteur. J'ai voulu casser tout simplement les échelles" , assure Paolo Boosten.
Et pour cause, ces questionnements au cœur de nos débats contemporains se posent déjà du temps de Courbet.
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