Marseille. Des « préoccupations d'ordre éthique » : pourquoi Didier Raoult est à nouveau dans la tourmente ?
Une étude publié mercredi dernier a décortiqué près de 2 700 publications de l’Institut hospitalo-universitaire Méditerranée Infection. Environ 850 d'entre elles comportent un trouble d'ordre éthique.
L’Institut hospitalo-universitaire (IHU) Méditerranée Infection et son ancien directeur, le professeur Didier Raoult , sont à nouveau dans la tourmente. Une étude publiée le 12 août démontre les nombreuses dérives éthiques dans le domaine scientifique de l’établissement phocéen sur une trentaine d’années. Son ancien patron, retraité de l’IHU-MI depuis 2022, est de fait mis en cause.
De microbiologiste à la renommée internationale au médecin controversé, Didier Raoult s’est fait un nom auprès du grand public en 2020 lors de la pandémie de Covid-19. Il est en effet devenu une personnalité médiatique influente en promouvant et prescrivant activement l’hydroxychloroquine comme traitement contre le coronavirus. Cette initiative effectuée hors de tout cadre légal, et qualifiée de « plus grand essai thérapeutique “sauvage” connu à ce jour » par un collectif de médecins et d’organisations impliqués dans la recherche médicale, lui vaut d’être interdit d’exercer la médecine pendant deux ans depuis le 1 er février 2025.
Une équipe s’est penchée sur les nombreuses publications scientifiques de l’établissement marseillais : 2 674 articles, publiés entre 1994 et 2024, ont été scrutés de près par ces chercheurs. Publié mercredi dernier dans la revue Research Integrity and Peer Review , ce travail de fourmi révèle que sur ce total, 853 articles soulèvent « diverses préoccupations d’ordre éthique ». Dans ce document, l’informaticien français Fabrice Frank, devenu expert dans la traque des fraudes scientifiques, et la Néerlandaise Elisabeth M. Bik, chercheuse en intégrité scientifique, épinglent plusieurs publications n’ayant pas reçu le feu vert des comités de protection des personnes. Ces derniers sont chargés d’accorder ou non une approbation éthique à toute recherche impliquant des être humains. Ainsi, 75 publications n’auraient reçu cet accord qu’ a posteriori .
Les deux chercheurs soulignent également un usage massif d’une même approbation éthique pour des recherches différentes et sans rapport entre elles. Ainsi, l’autorisation n°2016-024 accordée à une étude observationnelle sans prélèvement, a été utilisée dans « des études décrivant des prélèvements sanguins, de liquide céphalorachidien, aortiques, oropharyngés, ostéoarticulaires et respiratoires, ainsi que des interventions telles que le drainage chirurgical et le prélèvement sur fistule cutanée médiastinale ». L’étude relève également que 343 publications n’ont pas d’autorisation éthique du tout, tandis que 194 publications font état de recherches « menées à l’étranger sans mention des autorisations locales ».
Ce long travail d’analyse a été rendu d’autant plus compliqué que l’IHU de Marseille n’a pas souhaité transmettre les approbations éthiques aux chercheurs, ces derniers ayant été contraints de solliciter la commission d’accès aux documents administratifs (CADA).
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