ÉDITORIAL. La crise de l’énergie oblige à se projeter
« On ne s’en sort plus ! » Une colère sourde traverse la société. Le prix du carburant y est pour beaucoup. Et comme souvent en France, la tentation est grande de se tourner vers l’État. Ouvrir un nouveau guichet en guise de gilet de sauvetage ? Légitime au moins en théorie. Car les premières victimes de cette nouvelle crise énergétique sont d’abord les habitants des premières et deuxièmes couronnes.
Le risque d’une double crise budgétaire et sociale est bien réel. Ce mouvement que certains espèrent pourrait avoir une dimension cathartique. Mais sans rien régler sur le fond. La réponse aux Gilets jaunes a grevé les finances publiques sans apporter de solution durable. De nouvelles mesures d’urgence ont été prises avec la flambée du prix du gaz en 2022. Aggravant là encore les déficits. La remontée des taux d’intérêt dans un pays déjà très endetté laisse aujourd’hui peu de marges de manœuvre.
Les plans sociaux chez les constructeurs et leurs sous-traitants sont l’autre volet de cette crise énergétique face à des industriels chinois ayant pris une longueur d’avance. À cet égard, l’étude publiée mercredi par la Fondation pour la nature et l’homme et l’Institut mobilité en transition (FNH) ouvre un débat intéressant. Les auteurs étudient le potentiel d’une voiture électrique à 15 000 €. Ce prix calculé sans d’éventuels soutiens publics pourrait constituer « un levier clé pour accélérer la décarbonation du parc automobile ». Et muscler dans un second temps le marché de l’occasion. La montée en gamme pour muscler les marges des industriels les a en effet conduits à négliger le segment des petits véhicules électriques. Un virage en ce sens est en train de s’opérer chez certains constructeurs. Selon le rapport de la FNH et de l’Institut mobilité en transition, ces petits véhicules électriques pourraient représenter 6 % du parc de véhicules particuliers à l’horizon 2035. À condition d’accélérer.
Tous ces sujets font partie des discussions ardues conduites actuellement à l’échelle européenne. En 2025, les constructeurs européens ont obtenu un sursis de la Commission. Cette dernière est revenue partiellement sur l’interdiction totale des véhicules thermiques neufs en 2035. Pour réussir, tout se jouera dans la capacité à impulser une politique publique européenne intégrant enjeux environnementaux, industriels et sociaux. L’erreur serait de les opposer. Et comme souvent aussi, le diable se nichera dans les détails. Les constructeurs chinois installés en Europe sont-ils de simples assembleurs ? Quelle part pour les composants made in Europe ?
Mettre sur le marché plus de véhicules électriques accessibles permettrait en tout cas de sortir du marché de vieux véhicules thermiques chers à entretenir et polluants. Allégeant par la même occasion la facture énergétique. Tout le monde peut y gagner, y compris la démocratie. Car les discours les plus démagogiques se nourrissent d’abord d’une absence de perspectives.
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