Élections au Pérou : avec la mort d’une candidate journaliste, une campagne “teintée de sang”
Elle se savait menacée et l’avait publiquement dénoncé sur ses réseaux sociaux dix jours plus tôt. La journaliste péruvienne Susy Aponte Polo, candidate à la présidence du gouvernement régional d’Áncash aux élections locales du 4 octobre, a été tuée d’une balle dans la tête, samedi 19 septembre, en plein jour, alors qu’elle arpentait les allées du marché de Caraz, au nord de Lima, à la rencontre des électeurs.
“Des élections libres exigent que ceux qui décident de se présenter à une fonction publique puissent faire campagne sans craindre d’y laisser la vie”, rappelle La Republica dans son éditorial du 21 septembre . Le danger étant que “seuls accèdent au pouvoir ceux qui bénéficient de la protection ou de la complicité nécessaire pour survivre”, ajoute le quotidien progressiste local, qui avertit :
“L’enquête devra élucider si ces menaces sont en rapport avec son assassinat ou si le mobile se situe dans une autre part de l’activité journalistique ou politique d’Aponte” , souligne El País América . La journaliste, qui enquêtait sur la corruption politique pour son média China Polo dominical, suivi par plus de 280 000 personnes sur TikTok et 245 000 sur Facebook, ne manquait pas d’ennemis. “Quelques heures avant sa mort, elle avait évoqué la diffusion d’un reportage sur le passé de Lalo Villa, candidat à la mairie de Huaraz, et sur de présumées irrégularités dans des travaux à Chiclayo”, rappelle Perú 21 .
Après avoir annoncé l’ouverture d’une enquête pour féminicide, provoquant une vive controverse, le parquet a finalement annoncé une investigation pour “assassinat commandité”. Le tueur à gages présumé d’Aponte, d’origine vénézuélienne, a été arrêté, ainsi que deux autres personnes. L’arme qu’il a utilisée avait été déclarée comme volée à un policier en 2023.
La mort de la China Polo “est venue hier s’ajouter aux statistiques de la criminalité galopante qui sévit dans le pays”, s’est ému le quotidien local Correo dans son éditorial du 20 septembre, s’inquiétant de cette campagne “teintée de sang”. Elle s’ajoute à celle d’autres journalistes, comme Gastón Medina, directeur de Cadena Sur TV, à Ica, assassiné en janvier 2025 après avoir dénoncé la corruption au sein du gouvernement régional, ou encore à celui de Raúl Celis López, animateur de Radio Karibeña, à Iquitos, rappelle le quotidien local, qui s’inquiète de l’ “impunité” dont bénéficient les auteurs de ces crimes :
Même inquiétude à La República, pour qui sa mort “réduit au silence une voix critique, intimide les autres candidats et sape le processus électoral par la logique de la violence”.
Le gouvernement de Keiko Fujimori (extrême droite) n’a pas réagi à son assassinat, mais dimanche 20 septembre il a affecté Revoredo à un autre poste. “Le gouvernement a promis de rétablir l’ordre. Cela fait aujourd’hui cinquante-cinq jours qu’il applique l’état d’urgence et la militarisation sans résultats vérifiables en matière de sécurité électorale”, s’indigne le journal progressiste.
Dans un communiqué, le parti d’opposition du Buen Gobierno a demandé dimanche 20 septembre au ministère de l’Intérieur de fournir des explications publiques, rapporte Infobae .
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