Pourquoi sommes-nous accros à l’IA
Et si l'IA était moins un outil qu'une drogue pour l'esprit ? Elle vous fait gagner du temps, mais vous rend aussi dépendant. De Platon à ChatGPT, Anne Alombert interroge notre dépendance croissante aux technologies qui écrivent, mémorisent et résument à notre place.
L’intelligence artificielle fait désormais partie de votre quotidien. Répondre à un mail, résumer un rapport, rédiger un compte rendu...sans IA, tout vous semble interminable. A force de lui déléguer certaines tâches, même lire ou écrire par vous-même vous demande des efforts immenses. Plus rapide et plus efficace grâce à elle, vous peinez désormais à vous en passer.
Rassurez-vous : bien avant l'apparition de l'intelligence artificielle, Platon , s'inquiétait déjà des effets des technologies sur nos capacités intellectuelles. Ses réflexions peuvent encore nous aider à comprendre ce qui nous arrive aujourd’hui... Décryptage avec la philosophe et chroniqueuse du Fil philo, Anne Alombert.
Platon, philosophe de la Grèce ancienne, ne connaissait évidemment pas l'intelligence artificielle. Mais, à son époque, il assiste lui aussi à une révolution technologique : celle de l'écriture alphabétique.
Dans un dialogue intitulé le Phèdre , il convoque le mythe égyptien de l'origine de l'écriture :
C'est pourquoi Platon décrit cette technique comme un pharmakon , terme grec qui signifie à la fois le remède et le poison, et que l'on peut aussi traduire par "drogue". Le terme de drogue dit bien la relation de dépendance qui s’instaure entre l’esprit et les prothèses techniques auxquelles il délègue ses capacités.
IA génératives : un essai pointe les risques de la délégation cognitive
Aujourd’hui, ce ne sont plus seulement nos capacités mémorielles que nous déléguons aux supports écrits, mais bien nos capacités de compréhension et d’expression, que nous confions désormais à des systèmes algorithmiques qui lisent, écrivent et résument à notre place.
Une étude réalisée par des chercheurs du MIT a montré que, durant l’usage de ChatGPT , certaines zones cérébrales et certaines capacités mentales étaient moins mobilisées. Les chercheurs parlent de "dette cognitive" à l’égard de la machine ! Ce sont également nos capacités de persévérance qui seraient réduites, selon une autre étude plus récente. Le fait de recevoir des réponses instantanées pourrait nous déshabituer à chercher et à raisonner.
Nos prothèses mémorielles ou cognitives ne sont donc pas de simples auxiliaires. Non seulement leur usage transforme nos activités cérébrales et mentales, mais nous risquons également de leur déléguer toutes sortes de capacités et d’en devenir fortement dépendants. C’est bien le risque que Platon entrevoyait ! Alors, peut-on encore considérer les IA génératives comme de simples outils ? Ne faudrait-il pas plutôt les comprendre aussi comme des drogues pour l'esprit ? Et si l’écriture a rendu possibles de nouvelles pratiques intellectuelles, est-il encore possible de mettre l’intelligence artificielle au service des activités réflexives et culturelles ?
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