ENQUÊTE. Guerre de haute intensité : l’afflux de cadavres désormais intégré dans les scénarios d’exercices militaires
La guerre de haute intensité (ou large-scale combat operations, LSCO) est synonyme de pertes humaines élevées, tant parmi les civils qu’au sein des forces armées. C’est ce que démontre chaque jour le conflit russo-ukrainien dont les bilans sont assurément effroyables, à défaut d’être précis.
Or de nombreuses forces armées ne se sont pas encore adaptées à la réalité chaotique et aux défis multiples des conflits de haute intensité où il faut gérer de lourdes pertes au combat ; ces armées évoluent encore dans le contexte de guerres à petite échelle et à pertes réduites. Certaines institutions militaires commencent toutefois à prendre la mesure de l’impact des pertes substantielles sur leur capacité à poursuivre le combat.
Selon le général de division Jean-Pierre Fagué qui s’exprimait dans le numéro 61 (novembre 2025) de la Revue militaire générale , dans un contexte de haute intensité, les pertes seraient massives : Avec des pics au-delà de 1 500 morts par jour lors de l’exercice sur table WARFIGHTER 25-4, les divisions perdaient en moyenne chaque jour de l’ordre de 500 tués et 1 000 blessés. La 1re division française y a fait face en renforçant et en adaptant le soutien médical (déploiement de Prolonged Field Care aux Role 1, débordage de blessés aux Role 3, évacuations terrestres par bus, etc.) et sa chaîne affaires mortuaires (enfouissement d’urgence, etc.), mais aussi en conduisant une maintenance agressive sur les matériels réparables et l’injection de matériels complets (prépositionnés sur le théâtre) ainsi que des personnels de renfort pour reconstituer ses capacités perdues et poursuivre le combat dans un cadre espace-temps compatible de sa manœuvre (quelques jours à quelques semaines).
Lors de WARFIGHTER 25-4, sur 9 jours, avec un tel niveau de pertes, la 1re division française qui compte 25 000 hommes aurait perdu 4 500 tués et 9 000 blessés, soit 13 500 soldats hors de combat, 54 % de ses effectifs !
Le niveau élevé de pertes au combat, même mal appréciable comme en Ukraine (on estime actuellement à 1 200 le nombre de soldats ukrainiens tués ou blessés chaque jour), et les projections alarmantes des états-majors ont donc poussé les responsables militaires à mieux préparer leurs services de santé et leurs logisticiens aux tâches exigeantes de la récupération des dépouilles et de leur évacuation rapide et digne vers l’arrière. Des exercices alliant réalisme et véracité et testant la résilience des services de santé ont ainsi été récemment conduits.
La Suède, par exemple, a élaboré des plans pour faire face à une surmortalité et...
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