Voici l’histoire de l’affaire Dominici, ce triple meurtre jamais élucidé qui conserve tout son mystère, 70 ans après
L’histoire de ce sordide fait divers débute le 4 août 1952, en fin de journée. Une automobile anglaise s’arrête au bord de la Nationale 96, à la sortie du village pittoresque de Lurs, dans les Basses Alpes (aujourd’hui Alpes-de-Haute-Provence). À son bord, Sir Jack Drummond, un scientifique anglais réputé de 61 ans, accompagné de son épouse Anne, et de leur fille Elizabeth, âgée de 10 ans. La famille, qui est en vacances dans un hôtel de Digne-les-Bains, a décidé de faire du camping sauvage : une idée de la jeune fille, qui rêve d’aventure. Un peu en retrait de la route, à deux pas la Durance, la famille commence à installer son bivouac, il est aux alentours de 20 h.
Au petit matin, les trois membres de la famille sont retrouvés morts. Les adultes ont été abattus par plusieurs balles de fusil : Anne Drummont gît face contre terre à côté de la voiture, le corps enroulé dans une couverture, et son mari, à quelques pas, est recouvert de son lit de camp. Quant à la petite Elizabeth, elle est retrouvée le crâne fracassé, un peu plus loin. C’est Gustave Dominici, un agriculteur, ancien résistant communiste pendant la Seconde Guerre mondiale, qui découvre les corps vers 6 h 30, avant de prévenir les gendarmes. Il habite la ferme familiale de la Grand’Terre, située à quelques centaines de mètres de la scène de crime.
À leur arrivée, les forces de l’ordre trouvent sur les lieux Gaston Dominici, un berger de 75 ans, père de Gustave et patriarche de la ferme de Grand’Terre. L’homme bourru, vêtu d’une veste et d’un pantalon de velours, coiffé d’un chapeau et arborant une grosse moustache, déclare à la maréchaussée – en provençal, sa langue maternelle - qu’il a entendu des coups de fusils tirés en pleine nuit, vers 1 h 30. Sur le coup, il a pensé à des braconniers…
L’enquête est confiée au commissaire Edmond Sébeille, surnommé le « Maigret marseillais » . Quelques heures après le drame, ses hommes repêchent dans la Durance l’arme du crime, une carabine américaine en piteux état, sans aucune empreinte digitale exploitable.
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Très vite, tout conduit l’enquêteur à la ferme du clan Dominici. Et c’est vers Gustave - l’un des fils Dominici, celui-là même qui a découvert les corps - que les soupçons se portent d’abord. Après plusieurs gardes à vue, au cours desquelles son témoignage varie, l’homme est écroué, le 17 octobre, et inculpé pour non-assistance à personne en danger de mort, faute de mieux.
Alors que l’enquête est au point mort – pas d’aveux, pas de mobile –, la presse française et britannique tient en haleine des millions de lecteurs qui se passionnent pour ce sordide fait divers bientôt dénommé l’Affaire Dominici. Car, après plus d’un an d’enquête, de reconstitutions et d’interrogatoires, c’est le coup de théâtre : Gustave Dominici et l’un de ses frères, Clovis, qui vit aussi dans la maison familiale, accusent leur père Gaston du triple meurtre. Le patriarche nie avant de reconnaître les faits.
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