Pourquoi les vieux arbres creux tiennent toujours debout
Comment un arbre peut-il être totalement creux à l'intérieur tout en affichant un feuillage verdoyant ? Entre bois mort au centre et tissus vivants en périphérie, découvrez, avec le botaniste Marc Jeanson, le secret de longévité des vénérables troncs creux.
Les "morts-vivants" peuplent nos forêts. Approchez-vous d'eux : certaines arbres ont le tronc creux, parfois presque entièrement pourri, et pourtant encore coiffés d'un feuillage vert et bien vivant. Comment peuvent-ils survivre alors que leur "coeur" est déjà mort ?
Avec le chroniqueur du Fil sciences, botaniste et chercheur au Muséum national d'Histoire naturelle, Marc Jeanson, entrez dans le bois et découvrez le fonctionnement fascinant de la sève, du xylème et du cambium et la lignine qui permettent aux vieux spécimens de rester debout.
Un arbre , au fond, c'est d'abord une histoire de plomberie. Dès sa germination, sa tige contient un réseau de tuyaux qui achemine jusqu’aux feuilles l'eau et les minéraux puisés par les racines : c'est la sève brute. Ces tuyaux sont appelés le xylème .
Arrivée dans les feuilles, cette sève brute se charge des sucres fabriqués par la photosynthèse. Il faut bien redescendre tout ça vers d’autres organes, comme les racines qui, elles, dans l’obscurité du sol ne peuvent pas photosynthétiser. Un second réseau s'en occupe : le phloème .
Deux plomberies, donc, avec deux cargaisons : l'une fait monter l'eau, l'autre redescendre les sucres. Ce sont les tout premiers tuyaux de l'arbre, ceux de sa jeunesse.
Maintenant, la pièce maîtresse. Très tôt, entre ces deux réseaux (le xylème et le phloème), apparaît une couche minuscule, invisible à l'œil nu : le cambium .
Voyez-le comme une usine ultra-fine, coincée juste sous l'écorce, et dont les cellules se divisent sans arrêt. Il fabrique dans les deux sens : vers l'intérieur comme vers l'extérieur, de nouveaux tuyaux à sève. Cette couche s'étend tout autour de la tige et forme progressivement un anneau continu. C'est elle - et elle seule - qui fait grossir les troncs, les branches et les racines. Tant que l'arbre vit, elle travaille, parce que tant qu'un arbre vit, il ne cesse de grandir.
Et chaque année de travail vous donne un cerne de plus. Ces cernes que vous comptez sur une souche sont le journal intime de l'arbre, année par année . On peut y lire, à l’épaisseur du cerne, si l’année a été bonne pour sa croissance ou non.
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Alors, d'où vient le "mort" du mort-vivant ? Du centre. Avec le temps, les vieux tuyaux du cœur s'imprègnent d'une molécule-clé : la lignine . Elle rigidifie et imperméabilise les cellules. Mais, du même coup, elle les tue.
Ces tuyaux durcis forment peu à peu une zone centrale inerte : le bois de cœur. Comprenez : un squelette de bois mort, mais un squelette qui porte tout l'édifice. C'est ce bois-là que vous utilisez pour une charpente ou une planche.
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