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Politique

"En s’alliant entre eux, Turcs, Saoudiens et Pakistanais ont pris acte du recul de la puissance américaine"

Marianne ·
"En s’alliant entre eux, Turcs, Saoudiens et Pakistanais ont pris acte du recul de la puissance américaine"

Trois puissances sunnites alliées aux États-Unis viennent de passer un pacte : l'Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan. Agrégé, docteur en philosophie et spécialiste en géopolitique, Jean-Loup Bonnamy analyse les raisons de cette alliance, motivée par une méfiance à l'égard de l'Iran et Israël.

« Pactomanie ». Le mot est utilisé de manière humoristique pour qualifier un État qui multiplie les alliances et définit une multitude de pactes militaires. On a ainsi appliqué l’expression à Otto von Bismarck qui, dans les années 1870-1880, n’a cessé de concevoir des systèmes d’alliances pour isoler la France.

Aujourd’hui, on peut dire que c’est tout le Moyen-Orient qui est saisi de pactomanie. Le dernier pacte en date est celui de La Mecque : une alliance défensive entre la Turquie, l’Arabie saoudite et le Pakistan. Ces trois pays musulmans sont éloignés géographiquement : 3 600 kilomètres séparent la capitale turque, Ankara, de la pakistanaise, Islamabad. Et chacun appartient à un espace linguistique, ethnique et culturel distinct.

Il s’agit de trois poids lourds de la politique moyen-orientale. Ensemble, ils forment un espace de 380 millions d’habitants, soit 20 % de la population musulmane mondiale. L’Arabie saoudite est un nain militaire, mais un géant politique, énergétique, financier et religieux. Le contrôle des lieux saints de l’islam – La Mecque et Médine – qui se trouvent sur son sol, et l’argent du pétrole constituent ses atouts majeurs.

Complémentaire, la Turquie est une puissance militaire considérable. Elle possède une redoutable industrie d’armement : ses drones ont permis à l’Azerbaïdjan d’écraser l’Arménie en 2023. Tout cela s’imbrique bien ; s’il le faut, les Saoudiens paieront, fournissant dollars et pétrole, tandis que les Turcs se battront. Le Pakistan vient encore renforcer l'alliance, car lui aussi dispose d’une armée puissante. Surtout, il amène avec lui ses bombes atomiques. Seul parmi les trois alliés et parmi tout le monde musulman, il possède l’arme nucléaire.

À lire aussi : Inde, Iran, Chine, Russie... Les Brics, ce bloc qui veut défier l’Occident mais se déchire de l’intérieur

Ces trois pays sont des alliés de longue date des États-Unis et entendent bien le rester. Depuis le pacte du Quincy, signé en février 1945 sur un navire de guerre américain, les États-Unis protègent l’Arabie saoudite en contrepartie de sa générosité pétrolière. Et Donald Trump adore le prince saoudien ben Salmane. Pour ce qui est de la Turquie, le pays est membre de l’Otan depuis 1952. Là encore, le président américain est un ami d’Erdogan : les deux hommes se connaissent depuis les années quatre-vingt-dix. À l’époque, l’entrepreneur immobilier Trump faisait des affaires à Istanbul, ville dont Erdogan était alors maire.

Le Pakistan est aussi un allié majeur des États-Unis. C’est grâce à lui que la CIA a pu soutenir les moudjahidines qui luttaient contre l’Armée Rouge soviétique en Afghanistan dans les années quatre-vingt. Même si le pays a caché Ben Laden, même s’il est aussi l’allié de la Chine, cela n’empêche pas Washington de continuer à lui fournir une substantielle aide financière et militaire.

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