25e dimanche du temps ordinaire : « Ton regard est-il mauvais parce que moi, je suis bon ? » – Année A
En ce temps-là, Jésus disait cette parabole à ses disciples : « Le royaume des Cieux est comparable au maître d’un domaine qui sortit dès le matin afin d’embaucher des ouvriers pour sa vigne. Il se mit d’accord avec eux sur le salaire de la journée : un denier, c’est-à-dire une pièce d’argent, et il les envoya à sa vigne. Sorti vers neuf heures, il en vit d’autres qui étaient là, sur la place, sans rien faire. Et à ceux-là, il dit : “Allez à ma vigne, vous aussi, et je vous donnerai ce qui est juste.” Ils y allèrent. Il sortit de nouveau vers midi, puis vers trois heures, et fit de même. Vers cinq heures, il sortit encore, en trouva d’autres qui étaient là et leur dit : “Pourquoi êtes-vous restés là, toute la journée, sans rien faire ?” Ils lui répondirent : “Parce que personne ne nous a embauchés.” Il leur dit : “Allez à ma vigne, vous aussi.”
Le soir venu, le maître de la vigne dit à son intendant : “Appelle les ouvriers et distribue le salaire, en commençant par les derniers pour finir par les premiers.” Ceux qui avaient commencé à cinq heures s’avancèrent et reçurent chacun une pièce d’un denier. Quand vint le tour des premiers, ils pensaient recevoir davantage, mais ils reçurent, eux aussi, chacun une pièce d’un denier. En la recevant, ils récriminaient contre le maître du domaine : “Ceux-là, les derniers venus, n’ont fait qu’une heure, et tu les traites à l’égal de nous, qui avons enduré le poids du jour et la chaleur !”
Mais le maître répondit à l’un d’entre eux : “Mon ami, je ne suis pas injuste envers toi. N’as-tu pas été d’accord avec moi pour un denier ? Prends ce qui te revient, et va-t’en. Je veux donner au dernier venu autant qu’à toi : n’ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mes biens ? Ou alors ton regard est-il mauvais parce que moi, je suis bon ?” C’est ainsi que les derniers seront premiers, et les premiers seront derniers. »
Évitons le piège de lire cette parabole au premier degré comme s’il s’agissait de morale sociale ! Lisons-la dans le contexte historique de l’évangéliste et selon sa perspective théologique. Matthieu s’adresse à des communautés dont la majorité des membres sont, comme lui, des juifs qui ont reconnu en Jésus le Messie d’Israël. On est dans le dernier quart du Ier siècle et ces juifs convertis vivent de grandes tensions. La destruction du temple de Jérusalem en 70 a abouti à un recentrement du judaïsme autour des pharisiens qui ont excommunié ces juifs chrétiens.
Ceux-ci doivent donc assumer leur identité juive autrement : rester fidèles à l’héritage de siècles de fidélité à l’Alliance et à la Torah, tout en s’ouvrant à l’universalité de la Nouvelle Alliance et en admettant que sont entrés dans l’Église de très nombreux païens, dont les habitudes alimentaires et le passé moral douteux les choquent.
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