États-Unis: les expulsions de Mexicains vers des pays tiers, entre illégalité et pression sur Mexico
Les États-Unis ont expulsé près de 2 300 Mexicains vers le Guatemala en 2026, des dizaines d’autres ont été envoyés au Honduras. L’administration américaine normalise ces expulsions vers des « pays tiers ». Une manière de faire pression sur le Mexique, selon des organisations civiles. De son côté, le président guatémaltèque parle « d’escales de transit », pour ces personnes. De quoi s'agit-il vraiment ?
Les Mexicains expulsés arrivent au Honduras, au Guatemala ou dans un autre pays d'Amérique centrale en avion, sont ensuite rapatriés en bus vers le Mexique, à la frontière sud. Le nombre de ces voyages a beaucoup augmenté depuis le mois d’avril, même s'ils restent bien inférieurs aux 270 000 Mexicains expulsés directement vers le Mexique depuis janvier 2025.
Pourtant, les États-Unis ne devraient légalement pas pouvoir expulser des personnes qui ont fait une demande d’asile, ni les renvoyer dans un pays où elles courent un risque pour leur vie. Mais l'administration américaine se permet de contourner le droit grâce à ces expulsions dans un pays tiers, qui se font dans le cadre d'accords avec les pays d'accueil.
Il s'agit d'accords bilatéraux conclus entre Donald Trump , depuis son retour à la Maison Blanche, et une trentaine de pays principalement d’Amérique ou d’Afrique qui acceptent de recevoir des personnes expulsées. Ces accords, parfois assez opaques, visent à dissuader les personnes expulsées de vouloir se rediriger vers les États-Unis, en les envoyant plus loin. Une stratégie du découragement qui coûte pourtant plus cher aux États-Unis que d'envoyer directement les expulsés vers le Mexique. Pour certains analystes, il s'agit d'un signal de l’administration Trump, sourde aux appels du gouvernement mexicain à respecter ses compatriotes et surtout à respecter le droit des migrants.
Le Mexique se trouve dans une position particulière vis-à-vis des États-Unis. Un voisin avec qui il entretient une relation économique très privilégiée, en même temps qu'il subit sa pression constante sur les questions de sécurité et de lutte anti-drogue, auxquelles se superpose la question migratoire. En juillet, la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum avait annoncé le dépôt de plaintes pénales aux États-Unis après la mort de migrants mexicains placés en détention ou lors d'opérations menées par la police de l'immigration (ICE). À cette date, 17 Mexicains étaient déjà morts dans ces centres ou lors d'opérations policières depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche en janvier 2025.
Pourtant, les autorités mexicaines se disent disposées à accueillir leurs ressortissants expulsés. Le pays accueille même des expulsés d'autres nationalités, rejetés par les États-Unis. C’était déjà le cas pendant le premier mandat de Donald Trump, ça l'est encore aujourd'hui. Il s'agit principalement de Cubains ou de Vénézuéliens, qui ne peuvent pas rentrer dans leur pays d’origine. On parle d’environ 20 000 personnes, selon l’association Third country deportation watch, qui observe ces déplacements et tente de percer l'opacité autour des chiffres des expulsions américaines.
Au Mexique, ils n’ont pas été mis à jour depuis le début de l’année par les autorités.
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